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Ambulanciers: rigueur et passion au service de la population

Ambulanciers: rigueur et passion au service de la population

Métier mal connu ou mythique selon les représentations que l’on s’en fait depuis notre plus tendre enfance, les ambulanciers représentent une corporation solidaire qui doit faire face à l’évolution d’une société bigarrée par des exigences contraires, érigeant en Graal absolu l’évaluation du moindre de ses actes mais laissant par ailleurs de plus en plus d’individus sur le bord du trottoir. Rencontre avec le responsable de la société « Ambulance Service », Olivier Gonin, qui m’a gentiment ouvert ses portes.

Olivier Gonin, propriétaire d’ Ambulances Service (S. Iuncker-Gomez)

C’est dans les locaux d’ «Ambulance Service», situés dans la fameuse rue du 31-Décembre, que je fais la connaissance d’Olivier Gonin, le patron de cette entreprise privée crée au début des années nonante. Ayant démarré avec trois ambulanciers, Olivier – qui possède une formation initiale dans le commerce avant de s’être formé comme ambulancier – emploie aujourd’hui soixante personnes, hommes et femmes. Très vite, je me retrouve plongée dans un monde inconnu dont je sens néanmoins la ténacité et le courage qu’il requiert à tout moment. En effet, les situations auxquelles doivent faire face les ambulanciers – qui peuvent être amenés à être sur le terrain à l’âge où d’autres commencent à « squatter » les bancs de la fac – ne sont guère de tout repos: misère sociale et urgences vitales s’imbriquent souvent dans un mélange subtile. Mais avant de vous en dire plus, revenons aux prémices de cette belle profession.

Là où tout a commencé…

Olivier Gonin me retrace dans les grandes lignes la naissance de cette profession. Ainsi, j’ai été surprise d’apprendre qu’avant 1988, aucune formation particulière n’était exigée pour monter dans l’un de ces bolides aux couleurs canari striées de bleu. Il suffisait – ou presque ! – donc d’afficher un intérêt certain et enthousiaste pour ce métier afin d’obtenir ce que l’on appelait communément un certificat de capacité d’ambulancier.

Depuis, on s’en doute, de l’eau a coulé sous les ponts et la première volée d’étudiants a fait ses premiers pas à l’école d’ambulancier à la fin des années quatre-vingt. Aujourd’hui, un jeune qui souhaiterait s’engager dans cette voie se doit de choisir la filière «santé» à l’école de culture générale puis d’être prêt à investir trois années supplémentaires pour obtenir le fameux sésame qui en fait sans doute rêver plus d’un. Au menu, outre des notions médicales élémentaires et plus élaborées, il s’agit d’acquérir de nombreux «process», ou actes médicaux délégués qui permettent d’agir dans telle ou telle situation, à l’acmé de la crise. De plus, il est obligatoire d’entreprendre un certain nombre d’heures de formation continue par année dans le but de rester ouvert aux évolutions des techniques et des attitudes propres à ce metier. Les jeunes se voient donc très rapidement familiarisés avec les actes à réaliser lors d’événements mineurs ou en cas de catastrophe de plus grande ampleur, que cela soit face à un immeuble en feu ou lors de discussions interminables avec un forcené qui veut en découdre.

Très bien me direz-vous mais alors comment ces chères têtes blondes apprennent-elles à gérer tant de stress et à faire face à des vagues d’émotions fortes qui peuvent les envahir, voire les submerger ? Olivier Gonin, m’expliquant que la «forme mentale» de ses collaborateurs lui étant particulièrement importante, mentionne certaines mesures palpables prises en vue de garantir un certain bien-être à ses employés. Cela va de l’installation d’une table de billard à l’obtention d’un forfait pour aller se défouler au fitness du coin et évacuer le surplus de tension inhérent au travail en lui-même. Il évoque aussi le fait qu’à partir de cinquante ans en moyenne, le corps se fatiguant plus vite, il évite aux collaborateurs matures les services de nuit.

Léger pensez-vous? Pas tant que ça! Il émane de cette corporation une véritable solidarité entre ses membres, ce qui fait qu’ils échangent à de nombreuses reprises entre eux. Cela amène à une certaine élaboration des événements qui vont se métaboliser petit à petit. Néanmoins, si la situation rencontrée sur le terrain professionnel dépasse les capacités de «digestion» d’un collaborateur, ce dernier peut faire appel au centre de soutien psychologique de la police – qui est organisé de manière très efficace en termes de débriefing d’après les dires de  Gonin – ou bien alors prendre contact avec un psychiatre externe qui est lié par contrat à l’entreprise en question.

Ambulance Service, rue du XXI Décembre. (Olivier Vogelsang)

Adrénaline, sueurs froides et solidarité

Quid du cahier des charges de ces ambulanciers? En poste jour et nuit selon les horaires de travail en vigueur de chacun, ils doivent pouvoir être prêts en une minute afin de partir – par beau temps ou sous une pluie battante – sur les lieux de l’accident ou de l’incident, c’est selon. Deux types d’actions peuvent être de mise selon l’événement: soit les ambulanciers se retrouvent à agir sur le terrain après avoir soigneusement préparé les protocoles à mettre en œuvre une fois arrivés – «Quand on est concentré, on est comme dans une bulle avec le patient et notre collègue, on oublie le monde extérieur», explique Olivier pour illustrer ses propos -, soit ils sont chargés de la gestion des secours en tant qu’ambulanciers leaders – que l’on pourrait comparer à un méta-cadre pour faire tenir tous les éléments ensemble de manière cohérente et efficace – en cas de carambolages à grande échelle sur l’autoroute, par exemple.

On s’en doute, c’est un métier qui est loin d’être facile et routinier et qui requiert un certain contrôle de soi, surtout face à la montée des incivilités constatées ces dernières décennies, tant dans les grandes villes que dans les cités à taille plus humaine. Le manque de respect semble devenir légion, particulièrement quand les individus se retrouvent en groupe, ce setting pouvant laisser penser que plus aucune loi ne peut faire barrière aux pulsions qui s’en donnent à cœur joie, et c’est peu dire. Les ambulanciers jonglent donc entre des personnes désinhibées, agressives, voire se pensant persécutées, après la prise de divers toxiques mais également avec tout ce que la société compte en ses marges et qui en souffre. Une sensibilité aux problématiques relevant de la psychiatrie s’acquiert par conséquent au fil de métier, tout comme la manière d’entrer en relation avec des personnes très vulnérables dans des moments de décompensation majeure de leur pathologie.

Au fil de la discussion avec Olivier Gonin, je comprends alors que les ambulanciers – loin de l’image d’Epinal acquise sur les trottoirs de ma ville en voyant passer les camionnettes aux sirènes stridentes – ne sont pas seulement là pour emmener les blessés aux urgences mais également pour effectuer une analyse brève de la situation en question, sans omettre le contexte rencontré ni les éventuels paramètres qu’il serait bon qu’une assistante sociale de l’hôpital investigue plus à fond, avec ses compétences et ses «outils». En effet, les ambulanciers ne peuvent pas faire fi de l’état des lieux dans lesquels ils débarquent – comme par effraction selon les cas -, notant au passage l’insalubrité dans laquelle vivent – voire survivent – certaines personnes. «On n’imagine pas ce qu’il se cache derrière la façade de certains immeubles ni de certaines portes», poursuit Olivier.

En guise de conclusion, je peux dire que même si la fraternité et les échanges interpersonnels forts ne peuvent guérir toutes les «blessures» que le métier inflige – malgré lui et surtout au-delà des barrières protocolaires standardisées – à ses «disciples», il est essentiel que les ambulanciers puissent continuer à se parler, à avoir des «temps interstitiels» pour ne pas devenir de véritables robots, simples exécutants face aux détresses vitales ou aux urgences psychosociales charriées par notre monde …

 

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Parallèlement à des études en anthropologie clinique, j'ai toujours apprécié écrire et décrire mes expériences à l'aide des mots. Lectrice assidue d'un peu près tout ce qui me tombe sous la main, j'aime aussi rencontrer les gens et apprendre à travers ce qu'ils me racontent de leur vie. Actuellement psychologue à l'hôpital, je prends le temps de voyager et de me faire une culture cinématographique éclectique!

1 commentaire

  1. Bravo papa !!! ❤️

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