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Après la « mode » des jeans déchirés : bientôt celle des jeans boueux !

Model Gigi Hadid is seen during Milan Fashion Week 2017  | BRPAPhotos20170223_791 Milan Italie Italy Des jeans boueux. On croit rêver !
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Model Gigi Hadid is seen during Milan Fashion Week 2017 | BRPAPhotos20170223_791 Milan Italie Italy

Comment des vêtements lacérés ont-ils pu devenir des objets de mode ? Apparue il y a quelques années, mise un temps en stand-by, cette tendance a ressurgi de plus belle au cours de cet été, mais dans des proportions frisant parfois la vulgarité. Et on nous annonce pour bientôt la mode des jeans qui semblent couverts de boue, proposés pour 425 dollars sur le site de Nordstorm…

Les jeunes (et parfois les moins jeunes…) ne sont-ils pas devenus de vraies « victimes » de la mode puisqu’on arrive à leur faire acheter – souvent à grands frais – et surtout porter, des habits en haillons, rivalisant entre eux de déchirures et de béances ? Comment peut-on leur faire croire qu’ils seront beaux ainsi affublés ? Quand je pense qu’à l’époque, il fallait tout de suite couper un fil qui dépassait, recoudre une poche ou un ourlet qui s’étaient quelque peu défaits. Certes, le jeans se devait d’être moyennent délavé, un tantinet râpé, mais surtout pas percé. Sauf peut-être pour un SDF ou un clochard dormant sous un pont, mais ceux-ci n’avaient sûrement pas acheté leur pantalon au Bon Génie ou chez Globus…

Et dans l’actualité toujours présente des migrants, ces malheureux qui ont dû tout quitter pour essayer de trouver une terre d’asile, un endroit pour vivre en sécurité, décemment, et qui souvent n’ont plus rien d’autre que les habits qu’ils portent sur eux : que peuvent-ils penser en voyant que dans nos contrées, pays la plupart riches, on porte des guenilles « parce que c’est la mode » ? Quelle impression peut-on leur donner en se montrant devant eux avec un jeans troué, c’est un message très contradictoire sur la pauvreté et la richesse : il faut avoir de l’argent pour détruire ses vêtements… N’importe quoi !

C’est vraiment le comble quand on pense qu’aujourd’hui on trouve un peu partout des jeans très soignés à des prix abordables, alors que nombre de ces vêtements lacérés s’achètent à prix fort en boutique ou en magasin de luxe ! Mon jeans payé 60.- frs. dans une grande surface se retrouve à peu près dans le même état, après au moins 5 ans de travail ardu au jardin. Mais dès lors, je ne le mets… que pour travailler au jardin, pas pour aller en boîte !

Quand on pense qu’à l’origine, le jeans était justement considéré comme vêtement de travail par les ouvriers américains à la fin du XIXe siècle. Il s’est ensuite imposé comme un article emblématique des Etats-Unis. Il est le fruit d’une collaboration entre Levi Strauss et Jacob Davis : on se souvient tous d’ailleurs d’avoir arboré ces marques fétiches sur un empiècement de cuir cousu sur une poche arrière. Très apprécié pour son style décontracté, le jeans a l’avantage de pouvoir se porter tant avec des chemises, des T-shirts, qu’avec des hauts, des robes, des talons ou des baskets, des sandales ou des bottines. C’est un vêtement parfait pour voyager léger et en toute simplicité, car un seul jeans peut jouer le rôle de dizaines de pantalons… pour autant qu’il ne soit pas en lambeaux !

Est-ce qu’on laisse une jolie jeune fille entrer dans une disco, avec de tels blue-jeans, surtout lorsqu’il est clairement indiqué à l’entrée « Tenue correcte exigée » ? « Mais oui euh, mes jeans ont coûté 220.- frs. à la boutique X, ils sont très classe… » Sincèrement, je ne vois pas comment on peut rendre classe quelque chose qui ne l’est pas au départ.

Un artiste renommé dont je tairais le nom s’est récemment fait renvoyer d’un plateau TV, prié d’aller se rhabiller car coupable d’être apparu en jeans lacéré. L’animateur de l’émission s’est justifié en disant : « Qu’il ait été délavé à la pierre ponce, à la pomme de terre, au bain de javel, au sable, aux enzymes, à la résine ou par un brossage manuel effectué par des artisans experts, le jeans en question relevait d’une pure figure de mode et coûtait vraisemblablement le prix d’une bonne dizaine de jeans neufs à 50 euros pièce. L’homme en jeans artificiellement usé apparaît artificiel. Et déjà usé… »

La mode étant heureusement évolutive, ceux qui doivent absolument « se montrer avec tout ce qui vient de sortir » se verront un jour obligés de jeter tous leurs jeans déchirés à la poubelle et en racheter d’autres, pour être aux normes des tendances actuelles. Quel gaspillage inutile ! Et quelle œuvre humanitaire en voudrait bien de toute façon, sachant qu’ils sont tous déchirés ? En effet, est-ce que Caritas ou la Croix-Rouge vont ensuite récupérer ces vêtements abîmés, déposés dans leurs containers, pour les donner à des nécessiteux, en sachant qu’il faudra les repriser et les remettre dans un état décent ? Quel travail pour les bénévoles ! Parce qu’effectivement, ce serait la honte d’expédier des habits en haillons aux victimes d’intempéries et qui ont tout perdu, comme par exemple ceux qui ont été dernièrement frappés de plein fouet par ces épouvantables ouragans.

Et dire que même Jean-Paul Gaultier, en son temps, a sorti une collection de modèles déchirés et peints, en « version luxe » : on comprend bien que le ridicule n’a jamais tué. Cependant, au niveau commercial, ces « attrape-gogos » ont bien évidemment rapporté des sommes colossales a leur créateur, aux dépends parfois de certains petits budgets qui devaient absolument s’approprier ce genre de tenue pour avoir l’air cool.

En matière de mauvais goût, on nous aura d’ailleurs tout fait : des jeans taille ultra basse qui donnaient l’impression que celles et ceux qui les portaient avaient un torse démesuré et des jambes trop courtes (nabots ?), sans parler de la raie des fesses ou du slip Calvin Klein qui dépassaient de 10 cm. voire plus !!! C’était peut-être considéré comme sexy sur une jolie blonde pour certains dragueurs invétérés, mais malheureusement souvent porté également par des « rondouillettes » pas toujours très conscientes de leur image corporelle…

Et puis la période du « baggy » trop large, après celle du « skinny jean », porté le plus souvent par les rappeurs, puis par nos ados par mimétisme : il fallait les observer à l’époque lorsqu’ils tentaient de monter les marches des anciens trams 12 ! Opération quasi impossible à moins d’adopter la démarche du panda géant ! Quand on pense que la mode du pantalon au-dessous des fesses serait née dans les prisons américaines : les prisonniers désireux d’avoir un rapport sexuel avec l’un des leurs portaient en effet leur pantalon de cette manière, afin de donner le signal à leurs codétenus qu’ils étaient disponibles…

Entre nous, sincèrement, que penser en regardant les photos en dessus de cet article ? Ces personnes sont-elles rescapées d’un terrible accident de moto, d’un mouvement de foule dans un concert punk ou d’une traversée de l’Amazone grouillante de piranhas ? Si certaines femmes n’hésitent pas à sortir « déchiquetées » pour rester dans l’air du temps, d’autres heureusement pensent qu’elles ont passé l’âge de jouer les pauvresses et reviennent au concept bien féminin d’être toujours impeccable.

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Photo du profil de Jean-Pierre TAUXE
Décorateur de premier métier; une expérience d'une année dans les coulisses du Cirque Knie pour écrire un premier livre; formation d'éducateur sport et loisirs pour personnes handicapées ou en difficulté d’adaptation, puis de maître socio-professionnel à l'EESP de Lausanne.

Il reprend plus tard la responsabilité de l'Atelier d'Animation à l’Hôpital Beau-Séjour. En août 2013, il partait en préretraite après 23 ans de "bons et loyaux services". L’Atelier qu'il animait, cher aux patients hospitalisés qui bénéficiaient ainsi d'instants de loisirs et de moments de répit bénéfiques à leur moral, a été maintenu à 50% durant une année après son départ. Menacé de fermeture à cause de projets institutionnels et mesures d'économies aux HUG, ce centre a pourtant disparu en juillet 2014, avec le départ du second animateur à temps partiel.

Jean-Pierre Tauxe a alors publié un autre ouvrage, qui retrace ces deux décennies à la tête de l'espace de loisirs de Beau-Séjour : rétrospective d'événements exceptionnels, organisations socioculturelles originales, récits et anecdotes et également nombre de témoignages de patients.

Ce livre peut être commandé en laissant les cordonnées sur le site web de l'Amicale de l'Atelier d'Animation, rubrique en bas de page "Plus d'Info". Titre : "l'Atelier d'Animation ou comment offrir un 'supplément d'âme' aux patients séjournant à l'hôpital". 180 pages, 58 illustrations en couleur, format 14,9 x 21,1, broché, 24.- Frs + 4.- Frs de frais d'envoi pour 1 exemplaire.

3 commentaires

  1. Photo du profil de Jean-Pierre TAUXE

    Quelques commentaires à cet article repris dans ma messagerie :

    Tu vas faire beaucoup de peine à tous ces originaux artistes créateurs qui se sont torturés l’esprit pendant des mois pour finalement inventer cette ……. et là les mots me manquent …
    mais ça fait peur ! Marc

    Répondre
  2. Photo du profil de Jean-Pierre TAUXE

    Hola cher J.P.,
    Nous avons lu avec intérêt ton article bien rédigé, parsemé d’humour et de réflexions appropriées, telles que : donner ces horreurs à la Croix Rouge, que peuvent penser les pauvres réfugiés en voyant des personnes aisées se nipper de cette manière, etc… Ici, les pantalons sous les fesses sont portés surtout par les noirs américains, qui ne se doutent pas de l’origine de cette « mode » absolument ridicule et enlaidissante.
    Michel Freeport, Bahamas

    Répondre
  3. Photo du profil de Jean-Pierre TAUXE

    Quelques commentaires à cet article repris dans ma messagerie :

    Salut Jean-Pierre,
    Tu as raison, j’ai toujours pensé que les jeans déchirés de marque étaient une insulte aux gens dans la misère !
    Dans quel monde on vit ?? Bises et à bientôt. Patricia

    Je passe par toi, Jean-Pierre, pour te dire mon écoeurement de vivre à une époque où tout est désordre …
    Nous étions pauvres et allions à l’école avec des vêtements rapiécés. Nous étions presque tous à la même enseigne …
    Nos mères n’auraient jamais supporté de nous envoyer en classe avec des vêtements troués. Je trouve cependant
    qu’il y a pire : les jeans délavés avec des produits chimiques qui rendent malades les ouvriers chinois qui travaillent
    à leur fabrication. Cancers en recrudescence, plomb en quantité dans le corps des enfants … D e n i s e

    Répondre

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