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Carillonneur à la force des poings

Carillonneur à la force des poings

Tous les samedis sur la place du Marché, à Carouge, Constant Deschenaux fait voltiger les octaves dans le carillon de l’église de Sainte-Croix. Portrait d’un artiste

Qui a déjà fait des emplettes un samedi matin sur la place du Marché à Carouge a forcément tendu l’oreille sur le coup des 11 h et jeté un coup d’œil sur l’église de Sainte-Croix. Une ravissante mélodie s’en échappe pendant quelques minutes et ce, toute l’année durant. Derrière cet air, nul automatisme, mais la ferveur des poings de Constant Deschenaux, carillonneur titulaire de l’église Sainte-Croix. Car des poings, il en faut pour faire voltiger les harmoniques dans les rues de la Cité sarde. Le carillon comporte en effet un clavier dit «à coups de poing». On y reviendra. Le samedi à 11 h, un homme est donc perché dans le clocher de l’édifice cultuel. Pour y arriver, il a dû gravir les 87 marches qui l’en séparent de l’entrée: «J’ai été opéré du cœur il y a vingt-six ans, donc je prends mon temps pour monter là-haut. Mais j’ai récemment remarqué qu’en les montant dix à dix suivis d’une courte pause, j’allais plus vite que dans un élan continu. Et cela sans effort supplémentaire», explique le carillonneur.

« Le vigneron monte à sa vigne »

Dans le clocher, deux objets notables: un mécanisme automatique sous forme d’horloge qui produit une ritournelle tous les quarts d’heure de 7 h du matin à 22 h. Par le passé, c’était non-stop, mais il y aurait eu des plaintes… «Le premier élément mélodique passe une fois à et quart, deux fois à la demie et trois fois à moins le quart – pour chaque heure, donc à l’heure pile, c’est une mélodie qui passe que je change tous les deux ou trois mois. Pour le moment, c’est «Le vigneron monte à sa vigne», un air populaire vaudois», dit Constant Deschenaux. L’automate a été installé en 1928 et l’horloger carougeois Louis Cottier avait donné un coup de main à sa construction. «Le mécanisme, rouage compris, est d’origine, et chose surprenante, il ne comporte aucune trace d’usure, ajoute le carillonneur. Mais c’est compliqué de changer les mélodies, heureusement que j’ai une formation d’horloger.» L’autre élément remarquable est le carillon avec son clavier à coups de poing. Il a été installé en 2001 lors de la rénovation complète des cloches de l’église de Sainte-Croix. Il compte actuellement 36 cloches qui proviennent pour grande part de la fonderie Rüetschi à Aarau. «On a dû remplacer 22 cloches sur les 25 que comportait le précédent. Seules trois cloches qui provenaient de Haute-Savoie ont été conservées pour leurs qualités sonores.» La plus lourde pèse 760 kg et donne le Fa#. Quant au clavier, «aux normes flamandes», il comporte des touches disposées horizontalement et un pédalier pour les notes graves. Pour produire un son, il faut littéralement frapper du poing une lame de bois, qui, reliée à un câble, permet à la cloche, située 10 mètres au-dessus, de sonner, frappée d’un taquet d’acier.

Ainsi donc, tous les samedis à 11 h et lors des grandes occasions comme la veillée de Noël, Constant Deschenaux, ou un de ses deux assistants Yves Roure et Andreas Friedrich, carillonne avec entrain et passion. Mais qu’est-ce qui a mené M. Deschenaux au carillon? Une rencontre tout d’abord, en 1961. Louis Cottier, célèbre horloger de la place, peinait à gravir les 87 marches qui mènent au clocher et à son horloge. Il appelle le jeune Deschenaux qu’il connaît et lui demande «s’il avait un quelconque intérêt à reprendre les commandes». «Il m’a montré comment créer des mélodies sur le cylindre du mécanisme de l’horloge, et depuis, c’est moi qui m’en occupe, dit-il. Au début j’ai dû un peu me dépatouiller avec l’horloge et comme j’avais joué du piano et de l’orgue auparavant, je me suis mis au carillon. C’était un clavier de type piano à l’époque.» Avec la rénovation du carillon en 2001, tout a changé. Constant Deschenaux est ainsi devenu carillonneur titulaire, sans savoir vraiment comment jouer sur un clavier à «coups de poing». Retour à l’école donc, à Saint-Amand-les-Eaux, dans le nord de la France. Il y suivra des cours pendant six ans à raison d’une fois par mois. Un bel exercice, d’autant que là-bas, ce ne sont pas 87 marches à gravir pour atteindre le clocher, mais plus de 300.

« Tout va très bien Madame la Marquise »

S’il a une anecdote concernant ces plus de quarante ans de pratique du carillon ? La réponse fuse : « Un jour, alors que j’étais chez moi, le téléphone sonne et on me somme de venir immédiatement à Carouge pour changer la ritournelle du carillon. Le curé venait de trépasser alors que j’avais installé « Tout va très bien Madame la Marquise » deux jours auparavant. Je ne pouvais pas savoir… Le curé de l’époque pourtant aurait été le premier à rire de cette situation, c’était un personnage inoui, un homme hors du commun.»

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Photo du profil de Fabien Kuhn
Journaliste RP, fasciné par le tissu local genevois, ses petites histoires et sa fascinante diversité,  je participe avec l’équipe des Reporters de quartier à la réalisation de Signé Genève sur le site et dans le journal.

4 commentaires

  1. Merci pour cet article! Merci Constant! Je penserai à toi si je suis amenée a rester à Genève un week-end du coté de Carouge!

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  2. Intèressant mais bizarrement , l’article fait l’impasse sur l’essentiel !! En 2000, ce carillon était très médiocre et c’est le curé d el’époque ( A.Nering), qui a chargé jean bernard Lemoine,carillonneur d’Annecy et de Taninges, carillonneur honoraire de Lyon, présisent de l’association du carillon rhonalpin, de prendre en mainla restauration du acrillon de Carouge . Ce dernier a été plusieurs fois à la fonderie Ruetschi à AARAU puis aux Pays Bas, chez EIJSBOUTS, pour coordonner … le travail d’accordage des cloches … la fonderie Ruetcshi – à cette époque -, ne savait pas accorder les cloches à 1/150 ème de ton… J B Lemoine a coordonné ensuite le projet d’installation des cloches neuves ( en + des existantes), installation réalisée par un artisan d’Annecy, S.A.E. s .a. j b lEMOINE a inauguré le carillon en 2002 , devant une foule considérable …. après qu’on ait vendu aux enchères les anciennes cloches . Monsieur Deschenaux , qui joue actuellement, n’a été pour rien dans la transformation de ce carillon…. il a seulement  » pris le train en route « . Cela devait être dit ……………………………

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    • Réponse à Jean Lemoine :
      Qui êtes vous mr Lemoine??? je vous trouve bien agressif dans vos propos !!!!
      1° l article ne concernait pas le carillon mais le carilloneur!!!!!!
      2° je n ai pas senti dans l article que mr Deschenaux essayait de se mettre en avant comme vous avez l air de le prétendre!!!!!!
      3° Je connais personnelement Mr Deschenaux,ayant eu la chance de travailler avec lui pendant plus de 20 ans, c est une personne absolument intègre et honnête et non un oppotuniste comme vous le sous-entendez.
      Cela devait être dit !!!!!!
      Excusez les éventuelles fautes d ortographe, je n ai certainement pas le niveau intellectuel de mr lemoine.

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    • monsieur Lemoine se vante comme d’habitude, mais il ne représente que lui. L’association du carillon rhônalpin est en infraction avec la loi de 1901 article 5 depuis 1994. Il n’a aucune compétence sauf celles qu’il se donne avec son emphase habituelle, mais au fil des années les français sachant à quoi s’en tenir il va chez les voisins

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  3. Bravo Constant et merci de continuer à nous offrir ton art rare (arrare?)!

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