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Construire ensemble un lieu de transition: le jardin Point Cardinal à Carouge

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Partage et agrément au jardin Cardinal-Mermillod3

Surement avez-vous éprouvé de l’étonnement si d’aventure votre route vous a amenée à emprunter la portion est de l’avenue Cardinal-Mermillod à Carouge. Là-bas, enserré entre du bâti dense et un centre commercial s’épanouit depuis une bonne paire d’années un lieu communautaire vivant et résolument expérimental.

Ce qui a en premier lieu frappé votre narrateur lorsque quelque curiosité l’a enjoint à pénétrer ce jardin, c’est d’une part l’accueil chaleureux et engageant des artisans de ce lieu, et d’autre part la riche diversité qui semble nourrir cet espace. L’esprit est en effet à l’échange et à l’ouverture, et un mélange entre des zones jardinières, naturées, d’agréments et de pratiques dessinent la géographie d’ensemble du site.

Rencontré samedi 2 octobre, Sébastien Lutzelschwab, partie prenante à l’éclosion de ce jardin, m’a apporté des éléments de compréhension quant à l’esprit et à la vocation de ce lieu-projet, dont il est membre du comité de pilotage. Il m’explique que ce sont les associations Largescalestudios et Ressources Urbaines qui ont œuvré à la création du jardin Cardinal-Mermillod, aussi appelé « Point Cardinal ». Il me parle « tiers lieu », « laboratoire », « interstices urbains » ou encore « déminéralisation », et je comprends rapidement qu’il provient des sciences de l’espace et du site: il est en effet architecte.

L’association Largescalestudios, dans laquelle il est partie-prenante, a monté un protocole intitulé « Nomad’s land ». Cette méthodologie, dont le nom appelle à la fois l’idée de nomadisme et celle d’espace pauvre ou a priori mineur (« no man’s land »…) – à l’instar de cette friche urbaine, dont les sols sont pollués –, s’articule autour de la prospection et le démarchage auprès des référents fonciers, suite à quoi l’« occupation » est appelée à intervenir, et enfin, le « détachement », soit, somme toute, l’idée de laisser libre cours à l’action et à l’emparement par les usagers. Je creuse cette notion de nomadisme et Sébastien me précise alors que, face à l’incertitude de l’occupation pérenne d’un tel lieu, le principe d’action est de « faire projet dans le temporaire ».

Le « mouvement » comme élément structurant de l’ADN de ce jardin.

Avec « l’environnement comme prétexte » ajoute-t-il, il s’agit de composer avec cette fragilité temporelle en anticipant par exemple un déménagement futur des bacs de jardinage, déménagement rendu possible par leur installation sur des palettes. « L’idée de mouvement [matériel et idéel] est très importante dans notre démarche. Au-delà des bacs mobiles, on envisage le jardin comme facilitateur et point commun ; comme la chose qui lie. Notre ambition, c’était de créer une pépinière sociale et culturelle. »

Sébastien me semble par ailleurs avoir plaisir à être témoin de « l’esprit de bon sens et de proactivité » qu’il avait souhaité et qui anime ce site. Il relève que « le modèle de gouvernance [se construit et] s’adapte », et il souligne l’ambition de « réunir des compétences et des connaissances variées et spécifiques ». Par les échanges auprès d’adhérents que j’ai eus en ce lieu et par l’enchantement qu’il me donne à voir, j’accorde volontiers mon plein crédit à son propos.

A ce moment-là, je considérais avoir récolté suffisamment de matériaux pour faire mon miel et rédiger cet article. Mais Sébastien a quelque peu insisté pour me présenter Lada. Cette personne, elle-aussi membre du comité de pilotage de l' »Association des Jardins Cardinal-Mermillod » (AJCM), m’a partagé d’autres perspectives sur ce lieu, et notamment plus liées à la pratique et au vécu.

À l’origine, Lada avait « comme rêve de s’impliquer dans l’agriculture urbaine ». La dimension sociale, un autre aspect auquel elle se montre particulièrement attachée, est ensuite venue se conjuguer avec cette première inclination. Elle me précise que: « au début, on a reçu de grands tas de terre, puis on a construit, on a expérimenté collectivement. (…) On était comme des petites fourmilles! ».

« Ce qui va rester, c’est le savoir-faire (acquis) et les relations. » (Lada)

La constitution tant d’une expertise commune que de liens humains s’est alors réalisée. Elle me dit notamment: « au départ, on manquait de spécialistes, de jardiniers; on a alors appris ensemble. » Et ajoute aussi, non sans pétillement dans les yeux, que « planter des arbres ensemble, c’est fort! (…) et que des liens d’amitié se sont tissés ».

Osant inviter une certaine féérie pour définir ce projet, lorsqu’elle affirme: « ce que je trouve magique, et pourquoi le projet est porteur, c’est de laisser les gens jardiner », elle conclue avec enthousiasme que « c’est une expérience, et elle est vraiment réussie ».

Finalement, ce « laboratoire du réel » (Lada) parait s’inscrire pleinement dans une transition écologique, inclusive et culturelle. Le succès de cette démarche à la fois pleine d’humilité et débordante de (bon) sens nous prouve deux choses. Premièrement, que les expérimentations à la marge sont moteurs du changement. Deuxièmement, que ce changement passe par l’expérience collective et vécue du « faire ensemble », par le fait, ici-même, de « cultiver son jardin »… et ses relations!

Vous retrouverez sur Facebook le « Jardin Cardinal-Mermillod », et vous pouvez visiter ce lieu les samedi et en profiter pour prendre un verre à la ginguette installée sur place.

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Photo du profil de François-Florimond Fluck
Géographe et curieux du monde qui vient et des sociabilités qui alimentent nos expériences urbaines, j'ai à coeur de cultiver mon étonnement et de questionner des usages et pratiques qui participent à l'animation de Genève et alentours.

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