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Genève, une ville SALE…

Manor - tables actions Aux Jouets Weber les SOLDES sont SALE(S) Bravo à Morgan, notamment Des tables-réclames sale(s) Donc seulement 30% propre pour le linge de lit... Le "pompon"chez Interdiscount qui s'annonce SUPER SALE ! Aïe ! Va t-on entrer dans le restaurant Coop... ! Ochsner Shoes : chaussures et pantoufles sales Entrées chez Manor, on pénètre dans une zone SALE PKZ est aussi sale Chez Benetton on affiche SOLDES mais les T-Shirts portés par les mannequins sont SALE(S) Globus ne met que des % Bravo au Bon Génie, très sobre On hésite à emprunter un escalator sale
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Chez Benetton on affiche SOLDES mais les T-Shirts portés par les mannequins sont SALE(S)

Depuis maintenant plusieurs années en période des soldes, on nous inflige des affiches et des annonces avec le mot SALE un peu partout : d’ailleurs les pubs et les prospectus avec ce même terme débordent de nos boîtes à lettres !

Ne vit-on pas en Suisse romande où l’on s’exprime en français ? Doit-on toujours davantage se faire imposer ces sempiternels anglicismes alors qu’on essaye pourtant de défendre et préserver nos traditions, nos coutumes, nos expressions et surtout notre langage ? La définition du Petit Larousse est pourtant claire : SALE signifie couvert de crasse, de poussière, de taches, malpropre, souillé, négligé, notamment. Beurk !

A ce propos en 2013 déjà, le gouvernement neuchâtelois a tenté d’obliger ses commerçants à davantage communiquer en français : en effet, une nouvelle loi sur la police du commerce soumise au Grand Conseil stipulait que les commerçants devaient impérativement mentionner sur leurs affiches le mot « SOLDES », lors de la saison des prix réduits. Le seul terme anglais « SALE » ne serait plus admis. Dans son rapport, le Conseil d’Etat estimait que « de nombreux commerces ont pris la fâcheuse habitude d’apposer la mention « SALE » sur leurs vitrines pour signaler que la marchandise est soldée ». Pour le gouvernement, cette pratique ne fait vraiment pas propre : « s’il peut exister des anglicismes de bon goût, celui dont il est question représente une insulte à la langue française et mérite d’être banni ».

Pour en revenir chez nous à Genève, en me rendant l’autre jour dans une grande surface de la rive droite, Manor pour ne pas la nommer, le ton est donné dès l’entrée du commerce avec les portiques de sécurité antivol coiffés de panneaux verticaux rouges et blancs : on est informé d’emblée qu’on pénètre dans une zone SALE ! C’est un accueil tout autant raffiné chez H&M avec ce même type de banderoles mises en évidence dès l’accès principal du magasin, idem au M-Parc de la Migros comme à la boutique MyShoes.

A Coop City Fusterie, un enfant qui « farfouillait » dans les bacs d’une table-réclame largement tapissée d’avertissements SALE s’est vu réprimander par sa mère : « touche pas, tu vois bien que c’est SALE » !…

Après avoir interrogé plusieurs vendeuses, caissières et même le service client d’une grande enseigne, les réponses interloquent ou sont souvent peu concluantes : « vous savez, ça veut dire ‘soldes’ en anglais »… Eh bien absolument pas Mesdames ! SALE signifie simplement VENTE en français. La fonction première d’un magasin c’est la vente, on l’a bien compris : alors pourquoi le mentionner partout ? Une caissière de la défunte Placette, découverte au fond d’une « forêt » de pancartes SALE suspendues au plafond, se montre toutefois un peu plus explicite : « notre centrale est en Suisse-allemande, c’est elle qui fournit les panneaux et affiches pour tout le pays : c’est plus simple d’écrire SALE que de faire des textes en trois langues différentes » ! Mouais… Si en allemand ce mot ne veut pas dire « Schmutzig », en italien SALE signifie « sel ». C’est moins dégoûtant qu’en français je l’admets, cependant que pensent nos amis tessinois de tout ce SEL déversé copieusement dans les rayons de leurs grands magasins… ? En période de gel éventuellement, mais durant les soldes en plein mois de juillet ?

Après avoir acheté des verres « en action » et des produits cosmétiques « à prix réduits » toujours dans le grand magasin cité plus haut, j’aurais bien été tenté de dépenser également pour acquérir des draps-housses et des taies d’oreiller qui s’exposaient à foison sur un gigantesque étal, mais à ma grande stupeur je vis qu’il était indiqué au-dessus : SALE jusqu’à 70% ! Donc seulement propres à 30% ? S’il faut d’abord les passer au lave-linge avant de les utiliser… Alors je me suis abstenu de cet achat incongru.

En déambulant dans les Rues Basses, ça continue de plus belle avec l’omniprésence du mot SALE : Coop City, C&A, Benetton, Ochsner Shoes, PKZ, Lacoste, s’affichent tous comme SALE(S). Globus est plus neutre au moins : il n’annonce que des % et des nombres dans ses vitrines. Par contre c’est le pompon chez Interdiscount et MyShoes qui se permettent même d’être SUPER SALE !!! Alors là, je n’ai pas osé franchir leur porte, de peur de me cochonner !

Bravo cependant à toutes ces autres boutiques et commerces qui ont la bonne intelligence de conserver et d’afficher des panneaux bien « propres » avec le traditionnel SOLDES, que nos enfants – comme nos ainés d’ailleurs – reconnaissent et comprennent sans peine aucune : félicitations donc à Morgan, Amarante, Pivoine, Bershka, Diesel, Esprit, Empreinte, Sun Store, Tommy Hilfiger, Zara Home et bien sûr notre (cher) Bon Génie !

Pour conclure, il me semble que la défense de la langue française « face à des assauts d’un mauvais goût » devrait être d’intérêt public. Je ne sais pas ce que vous en pensez vous-mêmes, lecteurs de cet article, vous pouvez d’ailleurs vous exprimer plus bas dans la rubrique « ajouter uncommentaire », au cas où.

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Photo du profil de Jean-Pierre TAUXE
Décorateur de premier métier ; une expérience d'une année dans les coulisses du Cirque Knie pour écrire un premier livre ; formation d'éducateur sport et loisirs pour personnes en situation de handicap ou en difficulté d’adaptation, puis de maître socio-professionnel à l'EESP de Lausanne.

Il reprend plus tard la responsabilité de l'Atelier d'Animation à l’Hôpital Beau-Séjour. En août 2013, il partait en préretraite après 23 ans de "bons et loyaux services". L’Atelier qu'il animait, cher aux patients hospitalisés qui bénéficiaient ainsi d'instants de loisirs et de moments de répit bénéfiques à leur moral, a été maintenu à 50% durant une année après son départ. Menacé de fermeture à cause de "projets institutionnels" et "mesures d'économies" aux HUG, ce centre a pourtant disparu en juillet 2014, avec le départ du second animateur à temps partiel. Les premiers articles de cette rubrique (numérotés) abordent le sujet.

Jean-Pierre Tauxe a alors publié un autre ouvrage, qui retrace ses deux décennies à la tête de l'espace de loisirs de Beau-Séjour : rétrospective d'événements exceptionnels, organisations socioculturelles originales, récits et anecdotes et également nombre de témoignages de patients.

Ce livre peut être commandé en laissant les cordonnées sur le site  http://jean-pierretauxe.wixsite.com/atelierdanimation  rubrique en bas de page "Plus d'Info".

1 commentaire

  1. Photo du profil de Jean-Pierre TAUXE

    Commentaire reçu sur ma boîte mail :
    « C’est grotesque que de voir à longueur de mois (pas seulement deux fois par année) le mot « sale » affiché en grosses lettres dans la plupart de nos magasins.
    Je n’ai jamais compris qu’on en arrive là ! Sale, c’est sale, point final et cela ne nous donne pas l’envie d’acheter du sale … Que voilà des articles bien intentionnés dans la presse, qui amèneront certaines critiques mais qui ne changeront rien … tant « sale » est entré dans les mœurs … » Denise B.

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