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Culture | Lac

28 août 1910 : la première traversée en avion du lac Léman dans sa longueur par Armand Dufaux

Monument de l'atterrissage, aujourd'hui dans la rue Armand-Dufaux Le Dufaux 4 au-dessus du Léman le 28 août 1910 Monument de l'atterrissage, aujourd'hui dans la rue Armand-Dufaux
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Monument de l'atterrissage, aujourd'hui dans la rue Armand-Dufaux

Le 17 décembre 1903 eut lieu le premier vol de l’histoire de l’aviation : un vol de 40 mètres à 2 mètres du sol sur la plage de Kill Devil près de Kitty Hawk (Caroline du Nord). Ce véritable exploit fut le fruit de deux frères, Orville et Wilbur Wright, qui fabriquaient des cerfs-volants, puis des planeurs depuis quelques années. Cette année-là ils montèrent un des premiers moteurs à essence disponibles et ajoutèrent une hélice sur un planeur suffisamment grand pour emporter un homme. L’aviation venait de naître !

Dans les années suivantes le virus de l’aviation commence à se répandre à travers le monde, aux USA et en Europe, y compris à Genève ! Deux frères ingénieurs-mécaniciens, Henri et Armand Dufaux, sont alors propriétaires de la société H. & A. Dufaux & Cie à Carouge. Cette entreprise concevait des petits moteurs à monter sur des bicyclettes, les « Motosacoches ». Le 25 juin 1903 ils gravirent, par exemple, la route (non asphaltée) pour monter au Salève avec deux de leurs vélos ainsi équipés.

L’intérêt pour le vol grandit dans les années suivantes. Ils conçurent notamment un moteur pour un « tiltrotor », un premier prototype d’hélicoptère. Une maquette fera quelques essais de vol à Corsier, mais le projet sera abandonné en 1909. Ils se lancèrent alors dans la construction d’un avion biplan à moteur.

C’est alors que les évènements se précipitent. Fin 1909, un prix très important pour l’époque de CHF 5’000 (CHF 50’000 actuels) est offert à qui arrivera à traverser le Léman dans le sens de la longueur sans jamais survoler la terre. La distance est d’environ 80 km, soit le double de la distance parcourue par Louis Blériot pour traverser la Manche quelques mois plus tôt, le 25 juillet de la même année.

Les frères Dufaux décident de relever le défi avec une de leur nouvelle machine : le Dufaux-4, un biplan à moteur. Les commandes de vol sur cette machine sont extrêmement rustiques. Le simple fait pour le pilote de déplacer son poids sur son siège suffit à faire pencher l’avion en avant ou en arrière, ou à le faire s’incliner d’un côté ! Quant à la puissance du moteur (50 cv), elle permet à peine à maintenir une vitesse de vol suffisante avant de tomber en décrochage. Le poids total de l’avion est une obsession permanente, il faut être le plus léger possible. Ils prévoyaient par exemple, pour ce vol, de devoir emporter 20 kg d’huile et d’essence pour le moteur, ce qui représentait déjà une surcharge importante à prendre en compte. Quant à la durée de vie du moteur, très limitée, elle empêchait de s’entrainer préalablement aussi bien au pilotage qu’à faire des vols plus longs sur terre. Les Dufaux se préparent donc comme ils peuvent… Par exemple : « Prévoyant une panne possible au-dessus de l’eau, nous dévalisons par prudence toutes les charcuteries de Genève pour nous procurer des vessies de cochon. En effet, elles deviennent, quand elles sont gonflées, d’excellents flotteurs. Nous en mettons le plus possible (35) dans le long fuselage de notre machine », raconte ainsi Armand Dufaux.

Après avoir reporté le départ en raison d’une avarie moteur, la date du vol est finalement fixée au dimanche 28 août 1910. Transport de l’avion et de tout le matériel à Noville (VD), petit village près de Villeneuve, au bout du lac, et préparation du vol. Après une nuit sur place le décollage a lieu dès l’aube pour éviter autant que possible les courants d’air thermiques turbulents qui se forment dès que le soleil commence à réchauffer le sol (on est en plein été !).

Piloté par Armand, ce vol sera un véritable exploit de courage. L’altitude de vol variera entre 30m et 50m au-dessus de l’eau (!) avec des courants d’air dangereux qui apparaissent sur le versant sud du lac, proche des montagnes. La faible puissance du moteur ne permet pas de compenser ces fluctuations d’altitude. De plus, son pare-brise s’envolera et de l’huile chaude lui éclaboussera les yeux pendant tout le trajet…

Après être passé au large d’Évian-les-Bains, Thonon-les-Bains et Yvoire, il arrive enfin à la hauteur d’Anière et la Pointe de Bellerive. Il parvient à virer et se pose finalement sur la plage gazonnée de la Gabiule à Corsier. Ça y est, l’exploit est réussi, le prix est gagné ! Un dicton de pilote dit « mieux vaut être au sol et avoir envie d’être en l’air, que d’être en l’air et avoir envie d’être au sol ». Notre Armand a bien dû se répéter cette phrase au moins 500 fois durant ses 56 minutes de vol ! Et il était temps d’arriver : le moteur commençait à faiblir et à perdre de la puissance ! De nombreux bateaux étaient disséminés dans le lac le long de son parcours pour voir voler la machine, et 300 personnes étaient également présentes sur le point d’atterrissage.

Le record du monde de distance de vol sur l’eau était donc battu et une stèle fut élevée sur le point de contact au sol de ses roues. Cette stèle se trouve aujourd’hui dans la rue renommée à son nom juste derrière la plage, la rue Armand-Dufaux.

Les frères Dufaux étaient à la fois les concepteurs et les constructeurs de leurs avions, mais aussi leurs propres pilotes d’essai. De vrais hommes ! Entre parenthèse, ni l’un ni l’autre n’ont jamais passé leur licence de pilote.

L’avion, le Dufaux-4, est aujourd’hui exposé au Musée suisse des transports à Lucerne.

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