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Le quartier de l’Étang, un petit coin de paradis à côté de l’enfer

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À Vernier, un nouveau quartier sort de terre, mais il est situé juste à côté d’une zone de stockage d’hydrocarbures.

Si vous prenez le tram 14 ou 18 en direction de Meyrin gravière ou du CERN, vous descendez à l’arrêt Les Avanchets, sur votre gauche vous trouverez un très beau quartier qui pousse des terres. Le quartier de l’Étang, dans la commune de Vernier, réunit toutes les conditions d’une ville du futur. Malheureusement, ce havre de vie idéal est construit non loin de la zone de stockage d’hydrocarbures de Blandonnet sans tenir compte de potentiels risques d’incendie ou d’explosion.

Il est presque 17 heures, le thermomètre affiche 23 C, un mi-printemps incroyablement chaud. Les rayons de soleil percent les dentelures des nuages. Un calme olympien règne sur ce chantier. Tous les engins de construction sont rangés. Mais, au loin, j’entends encore des bruits de marteaux d’un soudeur qui est en train de mettre une dernière touche sur son œuvre avant de boucler totalement sa journée de travail. Demain matin, les machines s’activeront à nouveau dans cette fourmilière où des centaines d’ouvriers travaillent sans relâche pour rendre le chantier dans les délais, en 2023. Il n’y a pas de souci à se faire, jusqu’ici le calendrier tient depuis la pose de la première pierre en 2016. Le quartier de l’Étang est divisé en trois secteurs: au nord, le long de l’autoroute, des bâtiments qui abriteront un hôtel, une clinique, des bureaux, etc. À l’ouest, des bâtiments dédiés aux activités à faible densité d’emploi. Au centre se trouvent des logements répartis dans des immeubles de 4 à 8 étages en forme d’îlots.

Un petit coin de paradis

École, crèche, commerces, restaurants, loisirs, bureaux, résidences, le tout concentré sur 11 ha. L’établissement scolaire comprend un espace socioculturel, un centre d’arts martiaux, une salle de sport, une crèche, s’ajouteront bientôt 26 classes. Le pôle résidentiel compte plus de 800 appartements de type moderne aux toits végétalisés. Ces logements sont répartis en trois îlots d’habitation: le central, la place de l’étang et l’édifice. «Les derniers locataires arriveront dans ce quartier labellisé 2000 watts à la fin de ce mois», dixit Mathias Buschbeck, conseiller administratif de la Commune de Vernier. À l’image des espèces de tout genre qui cohabitent dans un étang, les 2500 habitants de ce quartier sont des candidats heureux à la mixité sociale. Par ailleurs, ils bénéficieront des avantages qu’offrent ces constructions écoresponsables. Du chauffage jusqu’aux lampadaires, en passant par l’eau chaude et la lumière domestique, toutes les conditions sont réunies pour une gestion optimale de l’énergie. Pour chauffer ou refroidir les immeubles, les eaux du lac sont mises à contribution. Dans ce petit coin de paradis, la faune et la flore vivent en parfaite harmonie avec les habitants. Le parc des Tritons avec ses animaux en semi-liberté témoigne bien «ce vivre-ensemble». Ici, des aménagements paysagers défient avec ostentation le béton. Les piétons sont rois et les cyclistes circulent sans retenue. Les concepteurs de ce joyau à l’architecture de pointe ont limité la circulation motorisée, mettant à disposition trois parkings souterrains mutualisés d’un peu plus de 1700 places. Ainsi, les surfaces vertes passent de 12 à 55% du périmètre.

Délocaliser les cuves

La liste des commodités favorables au quartier de l’Étang n’est pas exhaustive. Ce quartier est bien desservi par les transports publics. On peut notamment joindre l’aéroport international de Genève en quelques minutes. En plus de ses deux gares ferroviaires, il y a l’autoroute, qui facilite la connexion avec la France voisine. Les promoteurs n’ont pas lésiné sur les moyens pour offrir aux Verniolans un nouvel art de vie et faire de cet arrondissement l’emblème de Genève. Pourtant, ce site se trouve à un jet de pierres de la zone de stockage d’hydrocarbures de Blandonnet. M. Buschbeck remonte l’histoire: «Il y a de très mauvais contrats qui ont été signés à l’époque Il y a des gens qui sont propriétaires, ils sont chez eux, on ne peut pas les expulser.» Pourquoi avoir choisi cet espace? Les autorités ont-elles mené suffisamment de recherches avant de prendre la décision de lotir? Jean vient d’aménager dans ce quartier. Tee-shirt blanc, short bleu, le jeune papa sort d’une aire de jeux avec sa fille de 3 ans. «Je suis content d’être ici, mais parfois je me demande comment est ce qu’ils ont pu obtenir toutes les autorisations.» Près du bâtiment reboisé, deux couples en tenues décontractées sont en pleine conversation. Leurs avis sont partagés. Maurice: «Oui ça me fait peur de vivre ici, heureusement que ce bâtiment qui longe le chemin de fer m’empêche de voir ces citernes.» Et son voisin de rétorquer: «J’habite dans le meilleur quartier de Genève, avec un loyer bas. Je vis ma vie, rien ne pourra m’arriver, je suis presque au paradis.»

Un mur de protection

La centaine de citernes d’hydrocarbures qui minent le site de Blandonnet représentent un réel danger contre l’environnement, les populations et les résidences. Les immeubles résidentiels, les commerces, les infrastructures et, à quelques mètres de là, l’aéroport de Cointrin. Malheureusement vient s’ajouter à cette liste des potentielles victimes le quartier de l’Étang. En cas d’explosion, les dégâts pourraient s’étendre sur un rayon de 1 km.

Du côté de la Commune, M. Buschbeck estime que des dispositions ont déjà été prises. «Il y a un bâtiment industriel qui fait écran pour ce quartier en cas d’accident. En fait, c’est un mur énorme avec des fenêtres minuscules.»

Ces cuves constituent une véritable bombe à retardement qui suscite des inquiétudes depuis plusieurs années. En 2012, un élu UDC avait observé une grève de la faim pour réclamer la délocalisation de ces citernes. En 2020, le journal «Le Temps» avait révélé qu’un projet d’attentat terroriste visait à faire exploser les citernes de Vernier. Jusqu’à ce jour, aucune solution relative à leur déplacement n’a été trouvée. Selon le conseiller administratif, ce problème ne peut pas se régler au niveau communal ni cantonal, mais les solutions peuvent plutôt venir de la Confédération. Avec la naissance du quartier de l’Étang, ce débat vient d’être relancé.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Photo du profil de Anderson Makedi
Onésien depuis peu et père de trois enfants, Anderson Makedi a plein d’histoires à raconter. Né au Congo Brazzaville, diplômé en journalisme, il est le correspondant de la radio Africa N°1 après avoir travaillé pour la télévision nationale. Aujourd’hui, il anime un site destiné à la communauté congolaise, s’engage au sein de la paroisse protestante d’Onex et se passionne de tout. «L’information de proximité a une vraie valeur», affirme-t-il avec conviction.

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