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Les conditions de vie au Foyer des Tattes ne cessent de se dégrader

Les conditions de vie au Foyer des Tattes ne cessent de se dégrader

L’entrée en vigueur en 2008 de la loi sur l’asile et les étrangers n’a pas arrangé les choses au centre de requérants d’asile situé au chemin de Poussy, à Vernier. Ses habitants, exacerbés par les nuisances sonores, l’insalubrité, le squat et les trafics de tous genres, lancent un cri d’alarme aux autorités.

Fallait-il brasser toutes les catégories de requérants d’asile dans un même endroit ? La question reste sur toutes les lèvres des habitants du Foyer des Tattes, à Vernier. C’est en révisant la loi sur l’asile en 2008 que les autorités de tutelle voulaient, semble-t-il, trouver une solution au problème de surpopulation. Afin de palier le manque de places au centre, les autorités avaient décidé, pour certains cas, de loger quatre déboutés dans une chambre. Elles ont également mélangé les familles et les célibataires sur les mêmes paliers. Chose qui indigna les organisations d’aide aux requérants d’asile à l’époque, notamment l’Agora, Caritas et bien d’autres.

Mais au jour d’aujourd’hui, les choses ne semblent pas changer. Pire encore, elles se sont aggravées. Les familles vivant aux Tattes déplorent leurs conditions de logement.  «Vivre dans une pièce avec ma famille de deux enfants n’est pas normal», se plaint un père de famille résidant depuis deux ans au Tattes. La direction avoue son impuissance au vu du nombre disproportionné de lits par rapport à une population dont les plaintes sont chaque jour plus nombreuses.

Bâtiment K, lieu difficile

Hormis les problèmes de logement, les habitants des Tattes se sentent quasi en situation d’abandon face aux problèmes d’hygiène et de nuisances sonores. Pour les résidents du bâtiment K, la vie n’est pas du tout un long fleuve tranquille. Les souris y ont élu domicile. Les cafards qui sillonnent des chambres, s’abritant sous les lits et dans les appareils électriques font grincer des dents. Car les autorités n’arrivent pas à éradiquer ces indélicats, capables de provoquer des maladies.

Tôt le matin, les candidats au squat se tassent à l’entrée de ce bâtiment, fument, boivent de l’alcool et discutent à haute voix. Ils guettent les moindres sorties afin d’y pénétrer car ils n’ont pas de clef. Dès qu’ils y accèdent, ils en profitent pour prendre une douche, manger et rester au chaud, au grand dam des habitants. Parfois ils n’en sortent que le lendemain, laissant derrière eux différentes affaires, habits, sacs, ustensiles de cuisine. La plupart des squatteurs sont  connus et viennent quasiment tous les jours et ce, malgré les multiples interventions des agents de sécurités postés pour assurer la tranquillité dans l’enceinte du site. Patrick lui est catégorique: «Ils sont là tous les jours et je ne peux même pas me laver ni faire à manger.» En colère, Patrick est au bout de nerf face à la passivité des autorités et malgré de nombreuses réclamations.

«L’abandon des extra TUC a notamment occasionné l’insalubrité»

Parmi les problèmes à régler au Tattes: l’hygiène des logements. L’état de nombreux locaux et paliers laisse à désirer. A l’époque l’ARA (l’Aide aux Requérants d’Asile) avait institué des travaux d’utilité communautaire (Extra TUC) qui consistaient à employer des requérants d’asile résidant le foyer afin qu’ils assurent eux-mêmes les tâches de nettoyage moyennant une rémunération mensuelle de 300 francs.

Par ailleurs, tous les mercredis, des produits de nettoyage et des sacs poubelles étaient distribués à tous les habitants du foyer. Cela a permis aux Tattes de garder son éclat pendant plusieurs années. Mais depuis bientôt 5 ans, cette pratique a été abandonnée par les autorités, évoquant des raisons économiques. Désormais, seuls les détenteurs des permis « F » et « N » peuvent prétendre exercer ces activités. Les détenteurs de ces sésames viennent malheureusement des cités et d’autres foyers car la population des Tattes est en majorité constituée des « Non-entrée en matière et déboutés ». «J’ai loué cette initiative des extra TUC, (Travail à utilité communautaire) car elle permettait à tous les habitants de Tattes de mettre la main à la pâte et encourageait les gens à nettoyer leur lieu de vie», regrette Faustin, ancien habitant des Tattes.

Aujourd’hui, l’impuissance des autorités inquiète les habitants du foyer. N’arrivant pas à répondre à certains problèmes qui rythment le quotidien des locataires, elles s’en remettent aux politiques. En attendant, le trafic, l’insalubrité et les nuisances sonores continuent à miner la vie des résidents du foyer.

 

 


« Les conditions de vie n’ont pas fondamentalement évolué »

Questionné sur l’état du foyer des Tattes, Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général, reconnaît les difficultés sans y voir une importante dégradation.

Votre institution a-t-elle noté une dégradation générale des conditions de vie au foyer des Tattes ? Si oui, depuis quand ?
Les 12 bâtiments des Tattes, construits en 1967 pour loger les saisonniers, ont été utilisé depuis 1994 pour accueillir les requérants d’asile, célibataires et familles. Avec la hausse des demandes d’asile ces dernière années nous avons dû réaménager les bâtiments pour créer de nouvelles places. 2 Bâtiments (I et J) ont été entièrement refaits, densifiés avec des chambres à 4 lits et sécurisés pour accueillir les personnes à l’aide d’urgence, ceci afin d’éviter au maximum le recours aux abris PC. Il est vrai que la densification des structures et le mélange des populations constituent des difficultés supplémentaires, mais les conditions de vie dans les immeubles n’ont pas fondamentalement évolué.

L’Hospice général reçoit-il des plaintes des résidents à ce sujet ? Si oui, dans quelles proportions ? Et à quel sujet ?
Les habitants qui ont à se plaindre du comportement de leurs voisins le font directement aux intendants et assistants sociaux qui se chargent de réduire les conflits et tensions inévitables quand un grand nombre de personnes venant d’horizons divers et ayant des statuts différents (réfugiés, permis b, déboutés de l’asile) doivent vivre ensemble. A ce titre, il est à noter que la sécurisation des bâtiments  I et J a permis de réduire les tensions en supprimant notamment la possibilité que d’autres personnes que les résidents s’introduisent dans ces bâtiments.

Les résidents des Tattes dénoncent le « squat » des immeubles (des inconnus attendent la moindre ouverture d’une porte pour pénétrer et profiter des  installations). Votre institution a-t-elle connaissance de ce phénomène ? Si oui, des mesures sont-elles effectives ?
S’il a été supprimé pour les bâtiments I et J le phénomène des squatters reste un problème important et difficile à réduire dans une structure que nous voulons garder ouverte sur l’extérieur. L’Hospice général n’entend pas entourer d’un grillage l’ensemble des immeubles des Tattes.
Des rondes nocturnes sont effectuées par un agent de sécurité mais il est vrai qu’il ne peut pas non plus empêcher les entrées de personnes qui sont volontairement aidées et hébergées par des résidents.

L’hygiène constitue une préoccupation pour bon nombre de résidents (on parle de cafards, souris, etc.) : des mesures sont-elles prévues pour améliorer les conditions de vie des résidents du foyer ?
La préservation de bonnes conditions d’hygiène est un souci permanent pour l’Hospice général et une lutte quotidienne pour ses collaborateurs qui doivent gérer des structures habitées par des gens très différents de culture et d’éducation. L’entretien des lieux communs et des sanitaires est pris en charge par des contre-prestataires une fois par jour et 7 jours sur 7 et après chaque week-end les abords des immeubles sont nettoyés.  D’autre part, l’Hospice effectue régulièrement des travaux de réfection (de l’ordre de 500’000 francs par ans en moyenne ces trois dernières années). Ainsi, en 2011 le bâtiment C a entièrement été mis à neuf et dans les bâtiments I et J, les sanitaires, douches, cuisines et espaces communs ont été refaits. 
Enfin, nous avons un contrat de dératisation, désinfection avec une entreprise de la place qui passe plusieurs fois par année. Il est à souligner que ce problème est récurrent, ne serait-ce que par le fait que les cafards et souris sont amenés par le mobilier que les résidents trouvent dans la rue.

(Propos recueillis par Luca Di Stefano)

 

 

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Photo du profil de Luyindula Ngimbi
La commune de Vernier est une mosaïque de quartiers. Luyindula en sait quelque chose, lui qui a vécu à Châtelaine, au Lignon et aux Tattes. Ce féru de médias suit actuellement un stage d’animateur socioculturel à la maison de quartier des Libellules. «Tous ces quartiers vivent, c’est l’occasion de les faire découvrir aux Genevois. »

6 commentaires

  1. Le commentaire de Masé est honteux, mais alors absolument honteux… lorsqu’il mentionne la discipline des requérants.
    Les requérants d’asile, les déboutés, ont les même sentiments, émotions, sensibilité, intelligence, que n’importe qui…
    Chaque être humain mérite la dignité, et je ne lis aucun droit à la dignité dans ce commentaire.

    Ce n’est pas parce que certains sont hébergés par l’Etat suisse comme débouté en attendant le retour dans leur pays, qu’ils devrait vivre, comme aux centre des Tattes, dans des locaux tellement insalubres, peu accueillant (pas de rideaux pour la douche, douche qui fait penser aux douches où ce n’est pas de l’eau qui sortait mais autre chose, pas de support en métal pour tenir le papier toilette) qu’ils font penser à la prison, mais écrire ça, est-ce une insulte à Champs-Dollon?.
    La différence avec la prison, est peut-être que le rebord en bois des fenêtres est tellement pourri, qu’une fois ouverte, la fenêtre ne se referme pas bien.

    Des familles avec des petits enfants sont obligées de supporter des toilettes qui ne fonctionnent pas, c’est un grand problème généralisé qui survient, semble-t’il, avec la régularité d’une montre suisse au centre des Tattes, et ils ne doivent surtout pas se plaindre le week-end, car il paraît que l’Hospice général ne veut pas faire venir un plombier le week-end, car les tarifs sont plus chers que la semaine.

    Mais pourquoi pas leur offrir l’hôtel, pourquoi pas… ou un endroit vivable, pour remédier à de pareilles conditions de vie…

    Quand on fait les choses, on les fait bien… en respectant la charte des droits humains des Nations Unies.

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  2. Il y a du travail à faire : nettoyer, surveiller, discipliner

    Je vous offirai un joli casque. Si vous avez aimé d’être déformé, conformé et reformé libre à vous garder cela pour vos enfants.

    Répondre
    • « travailleur
      23 janvier 2013
      Il y a du travail à faire : nettoyer, surveiller, discipliner

      Je vous offirai un joli casque. Si vous avez aimé d’être déformé, conformé et reformé libre à vous garder cela pour vos enfants. »

      Bien déplacé comme réponse, travailleur… Sans autres commentaires….

      Répondre
  3. Merci pour cet article intéressant! Il faudrait augmenter les moyens concernant la sécurité de ces centre. Et y interdire la consommation d’alcool….

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    • Merci pour l’article. Il est rare qu’un bon article soit fait.

      Par contre je tiens à répondre à ces deux personnes. Oui vous les deux personnes qui faites partie de ce groupe appelé « il faut ».
      Bien que l’article soit bien fait. Il ne retranscrit pas la totalité de la réalité et la psychologie des résidents. J’étais moi même hier chez l’un deux. Père de famille intégré et parlant un bon français.
      Tout d’abord je vous pousserai à relire les droits humains. Si vous n’êtes pas d’accord il y a plein de pays ou la liberté est un luxe. Ne venez pas dire qu’AUCUN n’est reconnaissant! Une fois de plus une généralité. une simplification. Je pourrai en déduire également que vos cerveaux sont simples mais je n’imiterai pas le votre.
      Les squaters dont il est question, sont des traffiquants (utilisés grassement pour des filières). Et plus on remonte et la couleur de peau s’éclaicit comme dans les castes indiennes. Le nettoyage se fait tous les jours avec les permis F et d autre part les TUC existent toujours pour les NEM Dublin mais c’est seulement 50.-
      Quand au nettoyage des chambres il releve de la liberté du résident. Tous sont loin d’être sale!

      Dans toute cette histoire, il est important de noter une chose. Lorsque l’on est en contact avec cette population (ce que je suis tous les jours) c’est que sur la masse que nous avons, la majorité veut vivre sa vie normalement sans problème. C’est seulement quelques éléments (réprésentant une petite minorité) qui casse, vole etc… ces derniers amènent cette mauvaise ambiance, la peur et la dégradation des bâtiments. On arrête pas de remplacer aussi vite que possible. Dès lors parler de dégradation est un peu fort.

      Enfin, si vous condamnez tous à vos mesures autoritaires sachez que les choses se dégraderont encore plus. Quant a interdire l’alcool pensez-vous que c’est efficace? ils boiront ailleurs ou dehors…et rien ne changera…quant au sécuritas…pardon mais malheureusement certain ne font meme pas leur ronde et d autre se comporte de manière intolérante, ceci est arrivé avec moi.

      Par conséquent, j ai bien retenu toutes vos solutions si faciles sur la papier mais irréalisable par manque de connaissance et de réalisme dans la vrai vie!

      Bien à vous!

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  4. Il y a du travail à faire : nettoyer, surveiller, discipliner, etc. Il peut être fait tout simplement par les requérants eux-mêmes et au fur et à mesure sans que cela ne nécessite ensuite l’intervention de qui que ce soit. C’est juste une question de respect et de discipline. Quand on est entretenu gracieusement il faut un minimum de reconnaissance. Apparemment les requérents des Tattes n’en sont pas capables, alors on pourrait faire travailler aux Tattes les volontaires du service civil voire l’armée. On ne peut tout de même pas offrir aux requérants l’hôtel service quotidien compris. Et s’il y a des squatteurs aux Tattes cela veut dire qu’il y a des gens d’ici sans logement. Je comprends qu’ils squattent les Tattes.

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