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Les tribulations temporelles des voyages en train en 1858

Au Bourg-de-Four, on discerne encore aujourd’hui les deux autres cadrans. © NdM La Tour de l’Ile vers 1860 : Les trois heures légales de Paris, Genève et Berne. © Bibliothèque de Genève.
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La Tour de l’Ile vers 1860 : Les trois heures légales de Paris, Genève et Berne. © Bibliothèque de Genève.

« Au sixième top, il sera 12 heures 30 minutes à l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel ». Qui d’entre nous (nés au milieu du 20ème siècle…) n’a pas entendu cette annonce sur les ondes de la Radio suisse romande au moment de se mettre à table ? Depuis 1931, c’est en effet grâce à ce signal horaire diffusé et envoyé chaque jour à l’antenne de Sottens (l’un des trois émetteurs nationaux) que les Suisses ont réglé leur montre jusqu’à la fin des années 80. A l’heure atomique et numérique, plus besoin de ce signal sur nos téléphones portables et, pour attraper notre train, nous avons les indispensables horaires CFF en ligne ainsi que les panneaux d’affichage dans les gares.
Mais comment faisaient nos ancêtres il y a 164 ans lorsque le chemin de fer est arrivé à Genève, en sachant qu’il fallait régler sa montre pas moins de trois fois sur une distance d’à peine 15 kilomètres et sans changer de pays ?
Après cette lecture, un retard de cinq petites minutes de votre cher train ne vous semblera plus qu’une bagatelle…

Sous le soleil exactement…ou pas
Au début du 19ème siècle, les marguilliers (responsables de l’entretien de l’église et de ses biens) étaient chargés de sonner l’heure des cultes, l’ouverture et la fermeture des portes de la ville et le réveil des citoyens. Pour accomplir leurs tâches journalières, ils se fiaient aux cadrans solaires installés un peu partout à Genève – notamment sur la façade latérale de la cathédrale ainsi qu’à la Tour de l’Ile – qui indiquaient le midi exact au passage du soleil au zénith du méridien. En 1821, le temps moyen sera adopté – mais toujours du lieu-dit – et réglé pour les quelques horloges de la ville. Celui-ci pouvait cependant différer de 15 à 16 minutes du temps vrai.
L’arrivée du bateau à vapeur sur le Léman en 1823 n’aura que peu d’incidence sur les horaires puisqu’il y avait à peine trois minutes de différence entre Genève et Montreux.
Il faudra attendre le télégraphe en 1853 pour que finalement seule l’heure du méridien de Berne soit appliquée pour les bureaux de poste, les bateaux et, bientôt, les trains.

La Compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée inaugure la gare en mars 1858
L’arrivée du chemin de fer compliquera sérieusement la donne pour les voyageurs et les cheminots puisque les premiers trains arrivant depuis Lyon sont français et régis par les horaires établis sur l’heure de Paris. Trois mois plus tard, Genève sera enfin reliée à la Suisse (il ne manquait plus que le tronçon entre Genève et Versoix) grâce à la compagnie privée de l’Ouest-Suisse mais dont les horaires étaient calqués sur l’heure de Berne. Sans oublier l’heure locale qui faisait foi pour les Genevois !
Dès 1860, et pour une vingtaine d’années, Genève sera donc dotée de trois cadrans installés à la Tour de l’Ile ainsi qu’au Bourg-de-Four avec trois heures différentes :
Le premier cadran indiquait l’heure de Paris qui retardait de 15 minutes et 16 secondes sur l’heure de Genève, le second affichait le temps local (les horloges électriques étaient réglées depuis l’Observatoire de Genève), et enfin le dernier montrait l’heure de Berne communiquée chaque mercredi par l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel et qui avançait de 5 minutes et 6 secondes !
Imaginons simplement une voyageuse qui part depuis La Plaine en direction de Lausanne par le train de 9h15 (heure de Paris, selon horaire PLM). Elle souhaite s’arrêter à Genève pour boire un café et admirer la vue exceptionnelle à l’époque sur le Mont-Blanc mais où l’heure locale est de mise. Cela lui semble trop compliqué. Elle devrait régler à nouveau sa montre et a peur de manquer son train pour Coppet où elle devra à nouveau changer de train et de compagnie. Elle poursuit donc son voyage toujours selon les horaires PLM en vigueur depuis Cornavin. En consultant l’horaire, celui-ci indique son arrivée à 9h55 selon les PLM et un départ depuis Coppet pour Lausanne à 10h05 selon la Compagnie Ouest-Suisse. Très bien !! Tout paraît parfait. Notre voyageuse descend à Coppet mais constate que son train est déjà parti ! En effet, Coppet est régi par l’heure de Berne et il est déjà 10h10…
Heureusement en octobre de la même année, cette voyageuse n’aura déjà plus besoin de changer de train jusqu’à Lausanne ; mais il lui faudra tout de même deux heures pour atteindre la capitale vaudoise…

Une valse à mille temps
Suite à l’essor des télécommunications et avec l’établissement des fuseaux horaires, peu à peu les cantons adoptent l’heure légale de Berne. En 1886, le conseil administratif de Genève avise le conseil d’Etat que les horloges publiques de la ville devront se mettre à l’heure des chemins de fer suisses. Il fallait donc régler toutes les horloges du canton.
Pourtant, le 31 décembre de cette année-là, la Clémence sonnera quand même les 12 coups de minuit à l’ancienne heure de Genève, à savoir cinq minutes avant celle de Berne… Ainsi s’émouvait un lecteur dans une lettre parue dans le journal de Genève :
« Les vieux cœurs genevois ont en été touchés et réjouis. Ils avaient compris, en effet, que si une heure peut être choisie arbitrairement pour régir le départ des trains, des bateaux ou des omnibus, (…) le passage d’une année à l’autre est en rapport intime avec le méridien du lieu : à Genève (…), et nullement avec l’heure de Berne… »
Le temps est venu de se coordonner au niveau européen pour éviter désormais ce chaos temporel : en 1894 le méridien de Greenwich est adopté. Toutes les horloges sont avancées de 30 minutes à Genève. Monsieur Paris – cela ne s’invente pas (!) horloger de la ville, accompagné de ses cinq collaborateurs commencent par les écoles le jeudi 31 mai – jour de congé – règlent ensuite les 22 horloges publiques, le carillon de St-Pierre et pour finir les 110 horloges particulières.
Et pourtant, l’histoire des horaires de notre région ne se terminent pas là : Cornavin et toutes les gares jusqu’à La Plaine garderont l’heure des PLM de Paris jusqu’en 1911 et différait de près d’une heure d’avec l’heure suisse ! Pour quelle raison ? Eh bien à cause de la crise de Fachoda… Ce poste militaire avancé au Soudan du Sud a opposé diplomatiquement la France au Royaume-Uni en 1898. La France refusait alors catégoriquement de s’aligner sur le méridien anglais. Il faudra attendre le rachat des PLM par les CFF en 1912 pour qu’enfin nous connaissions une certaine harmonisation des horaires avant l’apparition de l’horaire cadencé en 1982. Mais ceci est une autre histoire…

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Photo du profil de Nathaly De Morawitz-Schorpp
Grâce à Signé Genève, Nathaly a le privilège de pouvoir partager ses multiples passions: chemin de fer, histoire genevoise, rencontres avec les gens de son quartier et échanges avec des artistes sont ses thèmes favoris. Guide culturelle à ses heures, elle aime particulièrement faire découvrir les multiples facettes de Genève sous un angle original et insolite (www.geneve-en-balade.ch). Quand elle n'est pas à Carouge, sa ville de coeur dont elle connaît tous les recoins, Nathaly participe à l'organisation de voyages culturels et gourmands en Italie au sein de l'association INSOLitalia.





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