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Portrait de Paul Louis Siron en constructeur d’orgue

Portrait de Paul Louis Siron en constructeur d’orgue

Ce qui frappe immédiatement lorsqu’on le rencontre pour la première fois, c’est son regard d’un bleu très clair, à la fois doux et pétillant. Paul Louis Siron m’accueille dans sa maison au bout d’un petit chemin de Plan-les-Ouates. De l’extérieur, rien ne laisse imaginer que la maison renferme un instrument hors du commun. Et pourtant dans une petite pièce du rez-de-chaussée trône un magnifique orgue en chêne et noyer; un orgue que Paul Louis Siron a lui-même patiemment construit pendant 6 années. Ainsi qu’il me l’explique, c’est un projet qui lui tenait à coeur depuis toujours, mais avant d’arriver à la retraite, il ne disposait pas du temps nécessaire.

Une vie menée sous le signe de la musique

Il faut dire que Paul Louis Siron a mené une vie très active. Enseignant, c’est à lui que l’on doit la fondation de l’Orchestre du Collège de Genève en 1961 et la création du Choeur des Collèges Calvin et de Candolle. Puis en 1984, il crée l’ensemble vocal Orphée, ensemble de choristes adultes, qu’il dirige jusqu’en 2002.

Mais Paul Louis Siron est également un passionné d’orgue. Elève de Pierre Segond, il devient l’organiste du Temple de la Fusterie, puis de celui des Pâquis et finalement du Temple Saint-Gervais. Tout au long de sa carrière, il donne régulièrement des récitals aussi bien à Saint-Gervais qu’à la Cathédrale. Son engagement pour cet instrument l’amène d’ailleurs à contribuer à l’organisation des concerts de la cathédrale, dont il sera le président jusqu’en 2011.

Une retraite bien occupée

L’arrivée de la retraite lui permet de se concentrer sur ce rêve qu’il a depuis toujours: construire son orgue de maison. Un projet qui tient à la fois de l’aboutissement et d’un nouveau départ dans la vie. « Les principes de construction d’un orgue sont à la fois très simples et très complexes », m’explique Paul Louis Siron. Il s’agit d’un instrument à vent constitué de tuyaux posés sur un sommier contenant de l’air sous pression et actionnés à l’aide de claviers et de pédales. Afin de maintenir l’équilibre, les gros tuyaux sont placés à gauche et à droite de l’instrument. Pour relier ces tuyaux aux claviers qui, eux, restent chromatiques, il y a toute une mécanique à mettre en place. « C’est là que réside le gros du travail ».

« Jouer doucement, c’est très beau »

Ce projet d’envergure, Paul Louis Siron l’aborde avec modestie en commençant simplement par réaliser quelques tuyaux en bois. Ce premier essai s’avère une réussite. Bricoleur aguerri, il se met donc à réfléchir au plan de son orgue. Grand amateur de la musique de Bach, il se décide pour un orgue baroque. Celui-ci aura 19 jeux et comprendra une épinette. Par comparaison, me dit-il non sans fierté, « l’orgue de Plainpalais possède 10 jeux, celui des Pâquis 18, Saint-Gervais 32, et le grand orgue de la cathédrale Saint-Pierre 67. Mais bien sûr, un orgue de maison n’a pas l’ampleur sonore d’un orgue d’église. « D’ailleurs, je ne voudrais pas avoir mal aux oreilles chaque fois que je joue. Jouer doucement sur un orgue c’est aussi très beau! ».

Un travail de longue haleine

La construction de l’orgue se fait par étapes. Il se renseigne, va voir d’autres instruments, utilise la littérature existante. Il entre également en contact avec un groupe de travail de l’association des amis de l’orgue allemand qui est spécialisé dans la construction d’orgues de maison. Les échanges avec ce groupe de passionnés a représenté une grande aide, indique-t-il, notamment, parce que ce réseau lui permet d’acheter d’occasion les tuyaux de métal qu’il ne peut pas réaliser lui-même.

Il construit le sommier, troué de manière à accueillir les 960 tuyaux de son instrument. Il réalise 2 claviers, en bois d’olivier pour les touches noires et en bois dur de récupération pour les touches claires. Il construit le pédalier et le buffet, intègre à l’orgue en construction une épinette qu’il a achetée à Paris. Il se fait également aider par un facteur d’orgue pour bien faire sonner et accorder certains des tuyaux.

En 1996 après 6 ans de travail, il peut enfin inaugurer son orgue. Depuis, Paul Louis Siron a enregistré 16 albums de musique allant des oeuvres de Rameau et Bach à Messiaen, Honegger et Rogg.

Toujours actif et créatif

Aujourd’hui, à 89 ans, Paul Louis Siron conçoit encore les affiches des concerts de la cathédrale à l’aide de Photoshop. Il y a deux ans, il a publié son premier roman. Et lorsqu’il joue sur son orgue ou au temple de Saint-Gervais, ses yeux s’illuminent toujours de bonheur.

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Photo du profil de Anne Pastori Pastori
Anne est aux premières loges pour assister au développement fulgurant de sa commune de Plan-les-Ouates. Elle s’intéresse particulièrement à «ce mélange fascinant entre la campagne et l’évolution urbaine qui fait apparaître de nouvelles problématiques.» Experte en communication et réseaux sociaux, passionnée par le graphisme, elle réside et participe à la vie publique de Plan-les-Ouates depuis près de quinze ans.

4 commentaires

  1. Comment puis-je entrer en contact avec M. Paul Louis Siron ? Merci

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  2. Chapeau l’artiste !!!!
    Hier soir à la sortie du beau concert du choeur de collège de Saussure où chante ma fille, j’ai échangé quelques mots avec Philippe Girard et forcément plein de très bon souvenirs m’ont ensuite accompagné sur le chemin du retour… et forcément vous en étiez la source !
    Alors ce matin, curieuse, je googelise un petit coup et quelle bonne surprise que cet article !
    J’ai un papa mélomane qui a le même âge que vous et que sa passion pour la bricole en tous genres a gardé en forme, pour ses 89 ans il souhaitait recevoir une nouvelle scie scorpion…
    Une bonne recette semble-t-il !
    Sûr que je vais lire avec bonheur votre roman durant les prochaines vacances !
    Portez-vous bien et surtout continuez de rayonner ainsi !
    Avec toute mon admiration
    Véronique Mabut Maurer

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  3. Cher Monsieur Siron,
    Cela fait bien longtemps de 1978 à 82 que j’ai joué du violon sous votre direction à l’orchestre du Collège de Genève. Je suis très heureuse de savoir que votre passion pour la musique que vous aviez déjà partagée à l’époque est intarrisable. Par hasard je suis tombée sur votre article bien que j’habite depuis 25 ans près de Heidelberg et n’entretiens que peu de relations avec ma ville natale.
    Cordialement
    Catherine Rose Biondi née Müller

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  4. Cher Monsieur Siron, quel bel article! Je suis très heureux d’avoir pu ententre votre orgue il y a quelques années, et encore mille merci pour toute la passion pour la musique que vous m’avez apportée, que j’utilise chaque jour.

    A bientôt peut-être et bienvenue si vous passez par Amsterdam!
    Robert

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  5. Merci, Monsieur Siron, pour tous les merveilleux moments que j’ai pu partager avec vous.

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