Accueil | Thématique | Actu | La taille des platanes, c’est tout un art!

Partager l'article

Actu | Centre | Environnement

La taille des platanes, c’est tout un art!

La taille des platanes, c’est tout un art!

Entre mi-novembre et mi-mars, les employés des différents services des espaces verts cantonaux élaguent les arbres à tour de bras. Notamment les platanes avec leur taille en «tête de chat».

Les scies et sécateurs taillent à plein régime en cette période hivernale. C’est qu’entre novembre et mars, c’est la période d’élagage du platane. Qu’il orne la rade, les places carougeoises ou règne à près de 20 mètres de haut sur la place du Cirque, c’est du platane commun qu’il s’agit en terres genevoises. Plus particulièrement du Platanus hispanicus, une forme hybridée en Espagne entre le platane d’Orient et celui d’Occident. L’aspect en peau de serpent de son écorce a d’ailleurs valu à ce végétal la qualification de noble, dès l’Antiquité déjà.

Arbre de ville par excellence, le platane a rapidement fait sa niche à Genève. Car il résiste particulièrement bien aux conditions urbaines. Il s’obstine à pousser en dépit de la pollution, de la chaleur ou des endommagements de son tronc. Preuve en est, le platane de la place d’Armes, à Carouge, ou celui de la place du Cirque, qui a 120 ans. «Cet arbre est incroyablement tolérant, dit Aude Jacquet, présidente des pépinières du même nom. A son pied, il n’y a que du bitume, nul gazon ou herbe. Les voitures roulent sur ses racines, de même que le tram… et il survit, sans difficulté aucune! De façon générale, le platane est très tolérant à la zone urbaine et facile à l’entretien.»

La «tête de chat», du platane genevois

Mais qu’est-ce qui vaut à ce magnifique végétal d’être élagué si abruptement en période hivernale? Les raisons en sont à la fois historiques et esthétiques. A l’origine, les quais genevois étaient censés offrir une promenade arborée le long du lac tout en maintenant des servitudes de vue depuis les bâtiments attenants. «Parti de là, cet aménagement est devenu un peu singulier, particulier à Genève, avec une taille des platanes qui ne pouvaient pas dépasser une certaine hauteur, pour permettre aux habitants de profiter de la vue sur le lac. Mais de contrainte, cet élagage radical est devenu une qualité. Une qualité esthétique, avec un arbre pas trop haut mais tout de même fourni.

Ce type d’élagage du platane est finalement devenu la norme à Genève», précise Nicolas Hasler, responsable du patrimoine arboré à l’Etat de Genève. Une taille sévère, qui permet de contenir le développement des arbres en les maintenant dans une forme «architecturée». Ces sortes de renflements à l’extrémité des branches du platane sont également appelées «têtes de chat». Cette taille permet d’éclaircir un arbre tout en conservant sa forme et son volume. «Elle permet également d’avoir des alignements avec des arbres rapprochés, les gens ont ainsi l’impression qu’il y a plus de végétaux», précise Denis Astier, adjoint au Secteur des espaces verts à Carouge.

Mais ce type d’élagage, en tête de chat, a aussi ses défauts. Le principal étant «le coup de soleil». Du fait de retards dans l’apparition des feuilles (ndlr: avec ce type d’élagage, on perd entre un mois et un mois et demi), il peut apparaître des brûlures sur les renflements, le bois devient noir, puis pourrit. «L’arbre fait une sorte de louche et l’eau rentre à l’intérieur, explique Nicolas Hasler. Il refait du bois par-dessus, mais la nécrose reste dessous. Il ne cicatrise pas.»

Limite aussi dans le temps, car un arbre taillé vit moins longtemps. Autre problème avec l’élagage du platane, le chancre coloré. Ce champignon qui entre plus facilement dans l’arbre du fait de la taille a valu au Platanus hispanica quelques douloureux abattages.

Mais ouf, à l’heure actuelle, il n’y a plus de foyers identifiés à Genève.


Le platane: chiffres et anecdotes

Les plus vieux platanes du canton, en milieu urbain se trouvent au Jardin botanique, où cinq d’entre eux ont au moins trois cent ans, puisqu’ils figurent sur un plan de 1728 déposé au cadastre cantonal. Sur les 500 000 arbres hors forêt du canton, il existe 5600 platanes dont 1677 en ville de Genève et 427 à Carouge. L’un d’entre eux règne de ses 31 mètres sur la place d’Armes à Carouge. Lors de la tempête de 2012, une de ses branches était tombée sur le vieux tram touristique.


«Au début, j’avais un peu le vertige»

Les élagueurs de la Cité sarde font un travail d’orfèvre sur les jeunes platanes de la place du Marché. Les arbres sont jeunes, il faut les soigner

Qu’il vente ou qu’il neige, Laurent, Stéphane et Fanny, l’apprentie, sont accrochés à leurs platanes de la place du Marché à Carouge. Durant trois semaines, ces élagueurs du Service des espaces verts de la Commune sarde sont aux petits soins avec leurs arbres. Trois semaines pour terminer l’élagage de la place, puis ils passeront à d’autres arbres.

Un matériel spécifique

Suspendus à des cordes et à des baudriers, ils scient et découpent les ramures excessives, perchés entre 5 et 10 mètres de hauteur. Un travail d’orfèvre pour ces jardiniers voltigeurs. Car sur la place du Marché, point de «tête-de-chat» (voir page 2-3) à tailler en force. Ces platanes sont jeunes et il faut les laisser grandir. «Nous procédons à une taille de formation, c’est un travail fin, dit Stéphane Baptiste, le but est de recréer la voûte qui était là auparavant. Mais on ne sera plus là pour voir le résultat… Il faudra au moins une génération pour retrouver cette arcade feuillue en été. Notre but est de rediriger les branches des arbres en taillant davantage du côté de la route et en laissant un peu plus du côté de la place.» Laurent Dumont, pépiniériste, participe également à ce travail.

Au début de sa carrière, l’élagage l’impressionnait un peu. «J’avais déjà fait de la spéléo, donc je connaissais le matériel. Mais au début, c’était impressionnant. J’ai eu pas mal le vertige, après ça a été mieux.» Car les employés de la Commune n’élaguent pas que des jeunes arbres, ils grimpent aussi sur les platanes centenaires du boulevard des Promenades. Et Fanny, l’apprentie, dans tout ça? «Il faut qu’elle se forme, explique Laurent, c’est elle qui va monter le plus haut!»

«Pas de problème, j’aime ça, rétorque-t-elle immédiatement. Cela fait cinq mois que je fais ce travail à Carouge et ça me plaît beaucoup, car ça bouge bien et je peux me dépenser. En plus, ce sont des gens sympas, ceux qui aiment la nature et les arbres.»

Partager l'article

J'écris un article
Photo du profil de Fabien Kuhn
Journaliste RP, fasciné par le tissu local genevois, ses petites histoires et sa fascinante diversité,  je participe avec l’équipe des Reporters de quartier à la réalisation de Signé Genève sur le site et dans le journal.

1 commentaire

  1. Excellent article. Très intéressant.

    Répondre

Répondre à Michel Barberis Annuler

Votre adresse email ne sera pas affichée. Les champs obligatoires sont indiqués *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

J'accepte les CGU

Mot de passe oublié

Inscription