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Cowboy Kurt nous a quitté….

Cowboy Kurt nous a quitté….

Lancy Tennessee 2017
8/9 Juillet 2017
Photo Alain Grosclaude
Mention Obligatoire
Reproduction Interdite
http://www.luxinteriorimages.com

Lancy Tennessee 2017
8/9 Juillet 2017
Photo Alain Grosclaude
Mention Obligatoire
Reproduction Interdite
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Figure emblématique des Pâquis, Cowboy Kurt a tiré sa révérence le 7 juin 2020. Une foule nombreuse était venue l’accompagner dans sa dernière demeure.

Au vu des distances sociales, la petite Eglise de la Colombière de Nyon était pleine.  Afin que ceux restés sur le parvis puissent aussi suivre l’office, une sonorisation avait été installée.

Durant la messe, ses amis musiciens, Paul McBonvin et Francesco Saraceno ont chanté des chansons que Cowboy Kurt aimait.

En fin de cérémonie, le refuge Darwyn avait préparé une haie d’honneur et les chevaux ont ainsi accompagné le cercueil. Puis ce fut le tour aux « bikers » de prendre la relève et ainsi escorter le corbillard.

Cet homme plein d’énergie avait une gouaille qui n’appartenait qu’à lui. Ce Suisse-allemand du bout du lac qui mélangeait son accent avec des intonations nord-américaines. Il était toujours sous son chapeau de cow-boy, avec un jeans et des bottes venues de « là-bas ». En quelques secondes, il vous embarquait dans son monde. Il vous faisait partager sa passion. Il vous faisait voyager et découvrir un horizon différent.

Kurt c’était avant tout un commerçant, un « presque » Pâquisard. De1982 à 2017, il officiait dans sa boutique de la rue de Neuchâtel. L’American Street comme ces clients aimaient la surnommer. Dans cette petite rue se côtoyaient un supermarché de nourriture américaine, un dinner typique et la boutique western. Une forme de voyage outre Atlantique au cœur de Genève. Chaque année, cette petite rue était le théâtre d’une grande fête américaine. Chaque année pour l’anniversaire de la boutique, de nombreux musiciens et groupes de la région venaient participer à ces événements.

Tous les genevois se souviennent du Festival Country de Marignac. Durant quatorze ans (1994 à 2008), en partenariat avec Lancy Natation, il aura programmé ce grand festival sur la commune du Grand Lancy. Un festival, quasi sorti de nulle part, et qui accueillait 15’000 spectateurs par jour.
Amateurs de country ou de rock, beaucoup d’entre nous aimions aller écouter ces musiques venues d’ailleurs. Des groupes venus directement des Etats-Unis avec une mise en scène et un savoir-faire américain…

Pour animer ce festival, Kurt n’était pas allé chercher très loin… juste son ami et co-animateur radio Philippe Robin (Option Musique, ex Radio Lac et RTS) qui témoigne ainsi de leur longue amitié: « Cet homme a changé ma vie. Je ne pourrai jamais oublier ce jour de 1992 où j’ai vu débarquer Kurt à la porte de Radio Tonic, rue de Candolle à Genève. Je ne le connaissais pas. Il était habillé en cow-boy de la tête aux pieds et il sortait d’une voiture comme je n’en avais jamais vu, une Chrysler Town & Country Station Wagon, je crois, dont le capot à lui-seul faisait déjà la dimension de ma voiture ! Il m’a dit : « J’aime bien tes émissions, mais pourquoi tu ne passes jamais de country music ? » J’ai répondu que Dolly Parton, Willie Nelson ou Johnny Cash, c’était un peu trop vieux pour moi. Il m’a dit : « T’as rien compris ! Je reviens demain avec une pile de disques, tu les prends pour le week-end, et je te rappelle ! J’ai écouté ces albums, Garth Brooks, Alan Jackson, George Strait, Books & Dunn, la country fraîche, joyeuse du début des années nonantes. Je l’ai rappelé pour lui dire que je commençais une émission country au plus vite et que je voulais qu’il la fasse avec moi ! Dès ce jour, on ne s’est plus quitté. Je l’ai emmené avec moi sur Radio Lac où le directeur de l’époque, Gérard Schoch, l’a accueilli avec plaisir, et on a animé l’émission « Sur la Route de Nashville » deux fois par semaine pendant 12 ans. Plus de 1’200 émissions ! Pour ses soirées et festivals à Onex, à Thônex, à Lancy, il faisait venir les groupes des U.S.A. sans avoir besoin de passer par des agents ou des managers, il connaissait les artistes personnellement. Et puis un jour il a découvert ce fabuleux couple, Jennifer Weatherly et Willy Wainwright. Il a produit deux albums pour Jennifer, et a même endossé un rôle nouveau de manager pour les faire jouer dans l’Europe entière. Quoi qu’il entreprenne, rien n’arrêtait Kurt, il n’y avait pas d’obstacles, il y allait au culot. Et s’il sentait une impasse, il essayait la même chose ailleurs. Ces dernières années, il a été très heureux, et juste titre, d’avoir pu ouvrir aux Pâquis une boutique encore plus belle que la première, ravagée à la suite d’un incendie en 2017. Très heureux aussi d’avoir été choisi par la mairie de Lancy comme programmateur du festival Lancy Tennessee. Vous savez ce qu’il fait, Kurt, en ce moment ? Il raconte sa vie, bavard comme il est, à Johnny Cash et John Wayne qui l’écoutent bouche-bée ! Salut mon Cow Boy».

Mais comment ce Suisse Allemand a-t-il autant baigné dans la country depuis l’enfance ? Il répondait « j’ai grandi en frontière allemande et nous captions les radios militaires américaines, de fait il y avait toujours de la country. Elle a donc toujours fait partie de ma vie ». Peut étonnant qu’à l’âge adulte il travaille en lien direct avec les Etats Unis et leurs traditions. En 2012, lors de la création de la série TV Nashville, nous avions parlé du choix des chansons de ce show télé. C’était trop moderne pour lui mais il reconnaissait qu’elle avait le mérite d’exister. Pour lui, la vraie country c’était celle des époques de Hank Williams à Johnny Cash en passant par Garth Brooks (artiste qui a vendu plus de disques qu’Elvis) ou George Strait.

Depuis quelques années il participait à la programmation du Festival Lancy Tennessee. L’annonce de sa disparition a été un grand choc pour le service culturel de la Mairie. Mathilde Babel Rostand, Service de la culture et de la communication et Responsable du Festival témoigne « Une si jolie rencontre. Pas les mêmes mondes, pas les mêmes goûts, un respect sans faille. Une complicité. Les mêmes feelings sur les gens. L’amour du boulot bien fait. Ta si jolie famille. Ta fierté. Je pense si fort aux tiens. Ton espièglerie. Ton cœur pur et ouvert. Je te vois sourire, je t’entends me parler, avec ton éternel optimisme. Je ne veux pas perdre ta voix. Le groupe qu’il nous faut. Ta boutique. Tes voyages, là-bas. Le foot. Tout est exceptionnel, fantastique, magnifique, incroyable. Joyeux. Je souris à mon tour, c’est inéluctable. Je suis très reconnaissante que tu aies croisé ma route. Je suis triste. On avait encore des trucs à faire ensemble. Merci, Kurt! Repose en paix. You rock, cowboy! Pour toujours. Toute ma sympathie va aux tiens« .

Après l’incendie qui avait détruit la boutique de la rue de Neuchâtel (voir Signé Genève du 25 octobre 2018), il avait rebondi dignement et recommencé dans un autre local, tout proche à la rue de Fribourg. Pour mémoire, en mai 2017, un incendie avait ravagé un hôtel situé à l’angle de la rue de Monthoux et la rue de Neuchâtel. Les flammes avaient détruit la toiture. Les tonnes d’eau avaient fait des dégâts collatéraux en inondant les commerces du rez-de-chaussée dont la boutique de Cowboy Kurt.
Il aura fallu 6 mois pour trouver un autre local commercial, faire les travaux et ouvrir un nouveau magasin. En octobre 2017, l’ouverture avait pu se faire comme un soulagement ou une fin de cauchemar. Tel un phénix, ce commerce renaissait de ces cendres.

Parmi les musiciens à avoir joué lors de la fête de la ré-ouverture, Lauri Jalanti et Yanick Pugin. Eux aussi témoignent : “J’ai rencontré Kurt pour la première fois en 2000 lors d’un de mes concerts au restaurant Cowboy Dream à Messery. Il y avait aussi un autre grand Monsieur, Roland Invernizzi. Nous nous sommes liés d’amitié autour de l’amour que nous portions pour la musique Country. Suite à cette rencontre j’ai été invité à me produire à de nombreux festivals dans la région lémanique. Kurt était un homme passionné et généreux qui était toujours à la recherche de l’authenticité et du vrai. Je me souviens de sa bonne humeur mais aussi de ses coups de gueule. Quelle belle vie autour de l’ambiance qu’il a su créer dans sa boutique, tours avec un regard tourné vers l’avenir. Je lui disais d’écrire un livre de mémoires. En 40 ans de vie active, et 37 ans de boutique à Genève, il a fait des rencontres impressionnantes parmi les vedettes de notre musique préférée. Je salue sa mémoire et présente toutes mes condoléances à sa femme et ses trois fils. “dit Lauri Jalanti, musicien.
Un autre musicien et client de la rue de Neuchâtel, Yanick Pugin se souvient:« Quand on prenait le temps de s’asseoir prendre un café avec lui, il y avait dans ses yeux des étoiles « western ». Tout en lui racontait sa passion des cow-boys et des nations amérindiennes d’autrefois. Du chapeau aux bottes en passant par l’éclat turquoise de ses bagues, il n’y avait rien de trop dans son style unique. Que ce soit à sa boutique ou au détour d’un festival, parler avec lui c’était s’instruire tellement sa culture musicale de country classique était riche et vaste. D’un esprit aventurier, ouvert et généreux il aimait simplement les gens. Il aimait transmettre ce fabuleux trésor qu’est l’histoire des cowboys. Puisses-tu chevaucher en paix dans les plaines du ciel ».

Luc Barthassat, ancien conseiller d’Etat fait lui aussi partie des fidèles, des premiers clients:« C’est mon Grégory qui m’appelle en fin d’après-midi. Papa … Cowboy Kurt est mort ! Je prends ça comme une gifle dans la figure . Je raccroche et je continue ma marche dans les rues basses, les yeux me piquent. Heureusement, il commence à pleuvoir, ça se verra moins. Je me vois encore au début des années 80, acheter mes premières Santiags à bouts pointues, mes bracelets indiens et mon cache-poussière…. Tu verras c’est top pour rouler sous la pluie en bécane, me disait-il. Je me souviens du festival country à Marignac derrière la piscine de Lancy. Son aide précieuse dans les débuts de Festiverbant pour nous trouver des artistes américains. Son éternel sourire orné de sa belle moustache, son enthousiasme et ses yeux brillants dans lesquels on pouvait discerner le soleil brûlant de sa passion pour les plaines du Far West. Kurt notre cowboy des Pâquis s’en est allé brusquement, son accent suisse-allemand, parfois légèrement américanisé, résonnera encore longtemps dans nos cœurs. Ce personnage mythique de la vie genevoises a marqué son époque et la nôtre. C’est encore un de nos aigles qui s’est envolé aujourd’hui et pour toujours. Nos pensées les plus sincères et les plus tendre à sa femme et à ses fistons. Adieu Kurt »..

Lorsqu’il était manager de Jennifer Weatherly et Willy Wainwright, Olivier Uldry (guitariste et commerçant à Leadmusic SA) a fait partie des musiciens qui l’ont suivi durant ses tournées en Suisse, son souvenir de Kurt est encore frais: « Je suis peiné car c’était un gars que je n’ai jamais vu malade ni jamais vu accablé, même après l’incendie et l’inondation de son ancien magasin… Figure du quartier des Pâquis où j’ai travaillé dès 1993 dans un magasin de guitares, Kurt et moi passions dans nos boutiques respectives, lui accompagné de musiciens pour les dépanner avec notre matériel.
C’est par son biais que j’ai rencontré Jennifer Weatherly et son mari Willy, musiciens américains que Kurt produisait et faisait jouer en Europe, et avec lesquels j’ai joué durant quelques années. Il était toujours jovial et décontracté, et même si, lorsque les conditions de concerts, d’hébergements ou autres, l’amenaient quelques fois à secouer certains organisateurs de concerts, dans les minutes qui suivaient il blaguait et retrouvait son habituelle bonne humeur. Il était juste et intègre et a toujours su faire preuve de bienveillance à notre égard, et particulièrement au mien. J’avais intégré le groupe Jennifer Weatherly band pour donner un aspect plus rock, sorte de cross-over country music, et les fans de la première heure ne m’ont pas forcément tous réservé un accueil chaleureux lors des premiers concerts. Kurt prenait ma défense et parlait régulièrement à certains membres du public, notamment les clubs de line dancers qui attendaient un répertoire plus dansant et plus classique, et qui avaient un grief contre ma guitare électrique et le côté plus rock que le groupe avait pris… Je garde de lui cet oeil vif et sa malice et son humour, et évidemment n’oublierais jamais, comme tous les amateurs de musique, son intégrité et son altruisme ».

De par son charisme et son côté commerçant, commercial, ses clients étaient fidèles. Certains même depuis plus de 30 ans. John Woolloff disait récemment « je l’ai connu avant qu’il s’installe à son compte. Il travaillait encore à la rue Sismondi et c’est lui qui m’a vendu mes premières bottes cowboy ».

La réputation des bottes de Kurt n’est plus à faire… plus de 500 paires de bottes à choix. Comment ne pas trouver son bonheur ? Depuis plusieurs années, Kurt avait préparé sa relève en formant son fils aîné Steve. Le meilleur hommage ou témoignage qu’on puisse faire, serait de continuer à faire vivre ce commerce. S’il existe depuis 38 ans, c’est par le savoir faire et la connaissance des produits. Ces vêtements, bottes ou accessoires de première qualité qui ont permis à Cowboy Kurt d’assurer une réputation d’excellence et qui vont permettre à Steve de faire perdurer l’héritage paternel. Et quelle joie ce serait que de fêter le 40ème anniversaire de la boutique en 2022 !

Nous présentons à son épouse, à ses fils Steve, Larry et Bryan nos sincères condoléances.

 

Retrouvez Cowboy Kurt dans l’émission hommage Country in the City https://bit.ly/CITC-120620 Radio Cité Genève 92.2

 

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Photo du profil de Nathalie Rendu
Photographe installée à Genève. Si je suis photographe généraliste, je suis plutôt orientée portrait, immobilier, produits (montres et bijoux), la nourriture sans oublier les événements.
Studio photo, Ecole photo, stage photo à l'étranger (Nashville, Venise, New York, safari photo en Afrique, etc...).

www.peintresdelumieres.com

J'anime également une émission de Country Music sur Radio Cité Genève 92.2 "Country in the City".

http://radiocite.ch/chart/country-in-the-city/

J'ai fait le choix d'essentiellement parler de la musique country moderne, celle qu'on entend sur les ondes américaines. Rien à voir avec celle qu'on nous présente en Europe. Evidemment je n'oublie pas de temps à autre de diffuser quelques titres de la country classique des westerns de notre enfance.

J'écris principalement des articles sur les artistes ou l'artisanat genevois (musiciens, comédiens, créateurs).

Comme je ne connais pas tout le monde, les artistes peuvent aussi me contacter pour un coup de projecteur....

1 commentaire

  1. belle personne, je lui avait acheté des topazes, un homme droit et jovail qui comme moi est né en 1949. tschuss kurt

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