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L’affiche politique illustrée fête ses 100 ans

« Non au droit de vote des femmes » Otto Baumberger, 1920  Museum für Gestaltung Zürich Jean-Charles Giroud ancien directeur de la bibliothèque de Genève. © T.Wicky « Bas les pattes ! La Suisse aux Suisses » Paul Kammüller, 1919 Genève BGE Oui à l’impôt fédéral direct »        Hugo Laubi, 1918  Museum für Gestaltung Zürich
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Oui à l’impôt fédéral direct » Hugo Laubi, 1918 Museum für Gestaltung Zürich

Drôle, artistique, percutante, parfois violente, l’affiche politique interpelle les passants suisses depuis la fin de la Première Guerre Mondiale. Un siècle d’images et de symboles sur lequel revient Jean-Charles Giroud, ancien directeur de la Bibliothèque de Genève.
Depuis l’Antiquité, des messages politiques ornent les murs de nos villes. Les « placards », premières affiches composées uniquement de texte, se généralisent au 19e siècle. « Avec l’apparition du suffrage universel en 1848 il a fallut communiquer pour influencer les électeurs. Principalement via les journaux mais aussi les murs » rappelle Jean-Charles Giroud. Ces premiers affichages politiques prennent la forme de grandes feuilles de couleur – le blanc étant réservé aux autorités – sur lesquelles les partis développent leurs idées.

Des débuts timides

L’affiche illustrée se répand d’abord dans la publicité commerciale ou culturelle. La politique est peu touchée, car les illustrations coûtent cher et exigent l’intervention d’un graphiste. « De plus, les placards sont très réactifs : un parti vous insulte, le soir même il y a une réponse affichée » précise Jean-Charles Giroud. En 1914, l’affiche se développe parmi les pays belligérants comme support de propagande. En Suisse, la division entre Alémaniques favorables aux Empires Centraux et Romands soutenant les Alliés ne permet pas au pays de se ranger derrière un message commun.

Un héritage bolchévique

Malgré sa neutralité, la Suisse subit les conséquences de la guerre. Les prix explosent et, tandis que le petit peuple souffre, certains bâtissent des fortunes colossales grâce au marché noir ou au commerce des armes. A cette époque, Lénine vit en Suisse et est très actif au sein du Parti Socialiste Suisse qui entretient ainsi des liens étroits avec les Russes. Lorsque les socialistes lancent une initiative pour un impôt fédéral direct en 1918, ils s’inspirent des affiches qui essaiment dans la nouvelle République socialiste de Russie. « Cette initiative marque le passage du texte à l’image. Il n’y a plus de texte, juste une image qui s’impose à vous dans toute sa violence, que vous le vouliez ou non. C’est du jamais vu » s’émerveille Jean-Charles Giroud. Reprenant les codes des affiches communistes (ouvrier musclé et pieds nus et capitaliste obèse dont le ventre libère de l’argent), l’affiche sera interdite dans plusieurs villes suisses.

« Oui à l’impôt fédéral direct » Hugo Laubi, 1918 Museum für Gestaltung Zürich

1918-1925, l’âge d’or de l’affiche politique

L’initiative socialiste est rejetée, mais de justesse. Cette situation inquiète les partis bourgeois qui craignent qu’une révolution sur le modèle bolchévique ne se déroule en Suisse. Entre 1918 et 1925, les affiches politiques sont ainsi très percutantes et puissantes. « L’affrontement entre gauche et droite est extrêmement violent. On caricature, on exagère, on ment ! » raconte Jean-Charles Giroud. En 1920, les Suisses doivent se prononcer sur trois questions fondamentales : le droit de vote des femmes, l’entrée de la Suisse dans la Société des Nations et la diminution du temps de travail. Elles donneront lieu à une production d’affiches dont l’audace est sans précédent. Puisant dans des références fortes au folklore et à l’art suisse, elles détournent des symboles pour faire passer leur message.

« Bas les pattes ! La Suisse aux Suisses » Paul Kammüller, 1919 Genève BGE

« Non au droit de vote des femmes » Otto Baumberger, 1920 Museum für Gestaltung Zürich

Parler la langue de l’époque

En dehors de leur valeur artistique, les affiches racontent l’esprit d’une époque. « Pour créer une image forte il faut parler la langue de l’époque. L’affiche doit s’adapter en permanence et parler à d’autres de la façon dont ils veulent qu’on leur parle, explique Jean-Charles Giroud. C’est un concentré d’idées toutes faites, de préjugés, de violence même qui fait qu’on sera repéré dans la rue. » L’affiche est ainsi un objet d’étude passionnant : histoire de la communication, de l’industrie, de la politique ou de la mode, les champs de recherche sont très variés. Une richesse dont témoigne Jean-Charles Giroud qui prépare un ouvrage sur l’histoire de l’affiche suisse ainsi qu’un livre consacré à l’affichage touristique français.

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